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John Adams : I was looking
at the ceiling
and then I saw the sky
2 cds Naxos 8.669003-04
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Créateur
polymorphe qui ne cesse de surprendre et d'étonner,
John Adams sait toujours tourner le dos aux attentes. Qui aurait
pu
penser qu'après le triomphe de ses opéras Nixon in
China et The Death
of Klinghoffer, il se lance dans une uvre aussi hybride
qu'inclassable que I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw
the Sky, inspirée du tremble-ment de terre qui, en 1994,
détruisit une partie de Los Angeles ? Ce fut pourtant le choix
de l'artiste qui demanda au poète et essayiste June Jordan,
spécialiste de la cause afro-américaine, de lui écrire
un livret.
Le style hautement inclassable de la partition doit beaucoup à
la comé-
die musicale, creuset de la culture américaine pour lequel
le compositeur avoue une éternelle fascination - il fait sa
première apparition sur scène dans une petite et familiale
production de South Pacific où sa mère jouait
Bloody Mary. Pas d'orchestre mais un simili groupe de rock avec clarinette,
saxophone, claviers, guitare, basse et percussion et pas d'arias,
mais un ensemble de 23 songs d'environ cinq minutes chacune,
écrites dans un style très pop music. Sept chanteurs
seulement représentent le multicul-turalisme ambigu des Etats-Unis.
Vision encore plus renforcée par Peter Sellars, éternel
compère et metteur en scène attitré du compositeur
améri-cain qui, lors de la création, insistait sur les
conflits sociaux de la mégapole étasunienne. Cette partition,
dont la thématique assez proche de Brecht et de Kurt Weill
est pleinement assumée par le musicien, rencontra un très
beau succès en Europe.
Second enregistrement après la version enregistrée
sous la direc-
tion d'Adams, ce disque Naxos ne peut s'imposer. Certes, les jeunes
chanteurs - Martina Mühlpointner, Kimako Xavier Trotman,
Markus Alexander Neisser, Jeanette Friedrich, Darius
de Haas, Lilith Gardell, Jonas Holst - ne déméritent
pas, mais il manque à cet album un cachet d'authenticité
et surtout une énergie festive et déhanchée
qui transcende
la partition. La faute en incombe certainement au petit ensemble
issu du Holst Sinfonietta et à son chef Klaus Simon,
trop scolaire et germanique, là où l'auditeur attend
du peps et du tonus. Pour écouter dans des conditions
optimales cette fascinante partition qui renvoie aux oubliettes
l'image d'un créateur figé dans le minimalisme, l'auditeur
restera fidèle à la version historique de John Adams
; d'autant plus que ce double album Naxos équivaut presque
au prix de l'exceptionnel disque Nonesuch.
Pierre-Jean Tribot
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