l'académie prend
de l'altitude
Zermatt Festival
Eglise Anglaise, Zermatt
15 septembre 2008
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En cette froide nuit de pleine lune, l'étrange opalescence
d'un Cervin au pied obscur veille sur près de sept dizaines
de paires d'oreilles venues découvrir le premier des quatre
concerts donnés par les étudiants de l'Académie
du Zermatt Festival. Cette année, les solistes de l'ensemble
Scharoun, tous membres de l'Orchestre Philharmonique de Berlin,
comp-
taient trente-deux élèves de quatorze nationalités
différentes. Bien souvent, monter un programme avec de jeunes
musiciens qui ont fait connaissance une semaine plus tôt nécessite
une imagination enthousiaste qui recourt volontiers à des
opus assez rarement entendus par ailleurs. On ne pourra que se réjouir
que ces programmes ne dérogent pas à la règle,
de sorte que sonneront ici le Nonette de Martinu, les Quintette
de Prokofiev et de Nielsen, une Pastorale d'Arthur Lourié
et quelques pages de Brett Dean, compositeur qu'honore cette édition
2008.
L'Eglise anglaise de Zermatt offre une acoustique précise,
avec juste
ce qu'il faut de rondeur, sans aucune réverbération,
pour transmettre le meilleur en gommant l'oubliable. Ses proportions
abritent les mélomanes et les camarades et professeurs venus
soutenir les musiciens. On l'aura compris : l'ambiance est bienveillante,
parfois complice.
La soirée est ouverte par Mozart et son Quatuor
en fa majeur avec
hautbois K370. Amelia Coleman conduit élégamment
son phrasé. Quel-
ques raideurs surviendront dans l'aigu, dues à une tendance
générale à presser l'Allegro. À
l'alto, Madeleine Przybyl retient l'écoute dans l'Adagio
central. Les mélismes du Rondeau bénéficient
d'une réalisation soignée. Classique des concours
chambristes, Assobio a Játo de Villa-Lobos associe
la flûte au violoncelle dans un jeu de relais d'accompagnement
moins aisé qu'il n'y paraît. L'uvre est exigeante
et impose aux cordes de grands intervalles rapides. Gillian Rycroft
s'en sort honorablement, tandis qu'Ory Schneor livre une flûte
des plus fluides.
Mais c'est avec le Divertissement composé par Françaix
en 1942 que la soirée trouve ses ailes. Povilas Bingelis
s'y avère un bassoniste fort talen-
tueux, tout au long des quatre mouvements. On regrette cependant
une méprise quant au rôle de la contrebasse : elle
devrait se contenter de soutenir sans plomber la tendresse globale
(dans le Lento, notamment) ; de fait, cette conception entrave toute
souplesse et fait passer la lecture à côté de
l'esprit de la pièce.
Après le Sextuor de Capriccio de Strauss,
on découvre le violon lumineux de Konradin Seitzer
qui conduit une interprétation superbement contrastée
de l'Allegro assai du Quatuor en ut mineur D703 (n°12)
de Schubert. Les quartettistes dialoguent fougueusement :
Mintje van Lier au violon, Micha Afkham à l'alto
et Cornelia Burghardt, véritable violoncelle-chanteur.
Bertrand Bolognesi
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