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© mark shapiro
les chambristes à
l'honneur
Verbier Festival & Academy
Salle Médran / Eglise de Verbier
27 et 28 juillet 2008
© mark shapiro
© andrew french
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Cette année, le Festival de Verbier démultiplie les
pôles musicaux.
Aux déjà nombreuses master-classes et aux concerts
de 11h, 19h et 20h s'ajoutent les rendez-vous avec les musiciens
de l'orchestre - les fenêtres de 23h et les kiosques
de l'Academy -, mais aussi d'autres moments, comme les récitals
de 14h30 à l'église et les 22h du Chalet Orny - parmi
lesquels deux intégrales : les sonates pour piano et violon
de Beethoven par Aleksansar Madar et Ilya Gringolts, les sonates
pour piano de Mozart par David Greilsammer. C'est dire l'intensité
de l'activité proposée aux
mélomanes ! La part étant faite belle à la
musique de chambre, nous rendrons compte dans cet article de trois
épisodes rapprochés dans le temps du festival quoiqu'éloignés
pour ce qui est de leurs contenus.
Les rencontres inédites sont l'occasion de mettre
en relation des inter-
prètes qui, habituellement, ne jouent pas ensemble. Dimanche
soir, les violonistes Julian Rachlin et Nicola Benedetti,
l'altiste Antoine Tamestit
et le violoncelliste Gautier Capuçon se réunissaient
devant le piano de
Piotr Anderszewski pour exécuter le Quintette en
mi bémol majeur Op.44
de Schumann. Disons-le d'emblée : leur interprétation
aura surpris par
son manque d'unité et l'impermanence de son inspiration.
Dans l'Allegro
ouvert par une mordante tonicité et poursuivi dans une tendresse
hésitan-
te, le piano se faisait clair, un peu frêle, même, et
le violoncelle se montrait ample et chaudement vibré, échangeant
de délicates demi-teintes avec l'alto. Le mouvement s'avérait
d'une belle vigueur générale, lyrique et alerte. Suspens
et désolation caractériseront au mieux le caractère
du suivant, à
la respiration lasse, sur les tendres incises du piano. Ici, aucune
empha-
se. La marche était aride, contrastant avec le fluide
thème central avant
son retour plus lapidaire encore. Malheureusement, à ces
belles réus-
sites succédait désillusion et désenchantement.
On venait d'atteindre un sommet dont le Scherzo nous précipita
brutalement, un scherzo où Piotr Anderszewski, capricieux,
jouait à chat, de méchante humeur, sur-indiquant le
frémissement général. L'on perdit la cohérence
stylistique, atteignant par diverses finasseries, dont des échanges
élégants, le joli sans plus d'espoir de prétendre
jamais au beau. Pour finir, l'ultime mouvement s'écoutait
lui-même complaisamment, comme si les interprètes ne
s'étaient toujours pas remis eux-mêmes du deuxième.
D'un tout autre niveau s'affirmait l'interprétation du Trio
élégiaque en ré mineur Op.9 n°2 de
Rachmaninov par Julian Rachlin, Mischa Maïski
au violoncelle et Nikolaï Lugansky au piano. Ce soir,
ce dernier est d'abord hiératique, soutenant un Maïski
plus stable que jamais, tandis que le vio-
lon pleure dignement. Il y a quelques chose de terrifiant dans la
déploration initiale, ouvrant bientôt sur une vigoureuse
volée de cloches. La couleur pianistique est incomparablement
travaillée et bénéficie d'une lumière
presque malséante dans ce douloureux climat. Au plus fort
du drame, il se fait orchestre après avoir été
vocal. Dans une sorte d'épuisement, la reprise litanique
du 1er thème est déjà éprouvante. L'introduction
du mouvement central - Quasi variazione - semblera simplement
compliquée, comme aurait pu le dire l'Autrichien, grondant
de toutes menaces. Une sage gestion de l'ambitus dynamique assure
une expressivité effective prégnante jamais directement
avérée. La fausse jovialité du début
de l'Allegro risoluto n'est qu'un sursaut d'énergie
très vite rompu par le sombre piano. Le duo des cordes se
suspend dans l'émotion (malgré quelques dérapages
du violon-celle), laissant la rage nouvelle de la fin du mouvement
(Moderato) se délier dans la souplesse des cordes,
devenue presque insoutenable. L'ultime retour de l'élégie
initiale est grandiose comme un désert de glace. L'un
des meilleurs moments de ces sept jours passés à Verbier
!
À peine une heure plus tard, nous entendions Philippe Bernhard,
Loïc
Rio, Laurent Marfaing et François Kieffer qui forment le
Quatuor Modigliani. Nous les retrouvions dans l'un des quatuors
tardifs de Haydn qu'ils ont enregistrés dernièrement
(Mirare), le Quatuor en sol mineur Hob.III :74. Dès
l'Allegro, la pâte sonore parut à la fois généreuse
et lumineuse, dans une articulation autant soignée et cordiale
où dominait un grand équilibre
et une franche qualité d'écoute. La pertinence de
l'inflexion du second violon qui primait dans le Largo, le
geste étouffant dans une lassitude expectative. Précis,
exact et inspiré. Après un Menuet gracieux,
les jeunes musiciens s'engageaient dans la course du Cavalier
comme personne. Farouche, musclé, un peu pressé, aussi,
vraiment excitant !
L'Allegro moderato du Quatuor en fa majeur de Ravel
bénéficiait ensuite d'une mobilité plutôt
heureuse du tactus. L'approche, relativement sensu-elle,
n'a pas exclu une certaine gravité. On notera le travail
riche des timbres, ainsi que l'indéniable élégance
de l'alto, à la fois ferme et sans emphase sans n'être
jamais sec pour autant. Du mouvement suivant la réalisation
des pizz' se montrait efficace, irréprochable. La
partie centrale associait le lyrisme à l'énergie.
Les quartettistes nous firent entendre de nombreux détails
souvent passés à la trappe, dans le Sol bémol
majeur
qui se déroulait sous nos yeux grâce à l'évidence
interprétative, jusqu'à
sa fin qui ouvrit la tête, comme eut pu le dire l'excentrique
hronfieutais.
La conclusion - Vif et agité - se révélait
ardente et échevelée. On saluera
la grande fiabilité au texte et une façon bien à
soi de s'en emparer.
Enfin, à l'église, lundi matin, la violoniste canadienne
d'origine polonaise Leila Josefowicz offrit un programme
diversifié ouvert par le Scherzo en ut mineur de Brahms.
L'on goûtait un son charnu, de la présence, du tempé-
rament et de l'enthousiasme. L'art de la nuance s'affirmait dans
le second thème, accompagné par le piano lyrique de
John Novacek. Si le Duo concertant de Stravinsky,
tout en bénéficiant d'une exécution impeccable,
n'a guère convaincu - remarquons-en toutefois le Dithyrambe,
tendrement élégiaque -, le Rondo en si mineur D895
de Schubert n'avait pas grand'
chose à voir avec son auteur. Voilà, en effet, un
répertoire qui ne va pas du tout à ces artistes. La
Sonate en sol mineur Op.134 de Chostakovitch est le
bon souvenir qui demeure de ce récital. Dans l'Andante,
Leila Josefowicz choisissait une sonorité plus âcre,
idéale tant à servir la mélancolie intrin-sèque
que l'ironie nerveuse de cette uvre et du compositeur en général.
La digression sarcastique s'y fit mordante, sur un piano sec comme
un comité de censure. L'Allegretto joignit à
sa hargne douloureuse la cocasse incongruité du dérisoire
cabaret central, ici complètement furieux et débridé,
dans une fauve dépense énergétique. Après
un embryon de citation lisztien-
ne suivi de pizz' musclés, le Largo enchaînait
un calme prélude de piano, dans la fausse neutralité
d'un moelleux sournois. Les déambulations violo-nistiques
ont paru redoutablement égales, comme déjà
loin, approchant
la lumière des étranges réminiscences baroques.
Bertrand Bolognesi
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