
© alvaro yanez
Christian Tetzlaff &
Leif Ove Andsnes
Théâtre de la Ville,
Paris
21 avril 2005
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C'est dans un programme à la fois copieux et intelligemment
construit
que nous avons pu retrouver le pianiste norvégien Leif
Ove Andsnes au Théâtre de la Ville, en compagnie
du violoniste Christian Tetzlaff : deux artistes qui se produisent
régulièrement ensemble depuis quelques années
déjà. Ouvrant la soirée par la Sonate n°6
en la majeur Op.90 n°1
de Ludwig van Beethoven, ils se lançaient dans un
Allegro élégant et clair, sans esbrouffe, où
le violon affichait une délicatesse exquise tandis que
son partenaire fai-sait croire à une sorte de simplicité
assez déroutante, s'effaçant devant la musique. Entretenant
une précieuse rondeur de la sonorité dans l'Adagio,
évoluant judicieusement dans un ambitus de nuances volontairement
res-treint, articulant comme mine de rien les ornements,
ils ont offert un travail des plus raffinés. Et si le dernier
mouvement s'est avéré plus chantant, ce fut toujours
dans un dosage
lucide et soigné, pour en préserver la fraîcheur,
loin de tout spectacle.
Avec la Sonate op.134 de Dmitri Chostakovitch, les
interprètes
révélaient des qualités complètement
différentes, puisqu'au relatif efface-ment de leur jeu succédait
un engagement notable. Ainsi, Tetzlaff choisit-il une sonorité
beaucoup plus vibrée, servant le lyrisme contenu de l'Andante
initial. La nudité quasi désertique de certains passages
trouva dans le jeu de Andsnes une régularité désarmante
qui en soulignait le drame. Très en-gagés dans la
danse, les musiciens ont offert un Allegretto nuancé
où le piano quittait totalement son quant-à-soi.
Une certaine acidité du violon venait affirmer la hargne
de l'écriture de Chostakovitch. Mais on aurait
sans doute aimé un son plein et plus présent dans
le Largo.
Avec Mozart, nous retrouvions les qualités goûtées
en début de soirée.
Dès l'Allegro, leur lecture de la Sonate en mi bémol
majeur K 302 mit en valeur la cohérence de style du violoniste,
et le bon emploi du caractère et de la couleur de son jeu.
Car enfin, si Andsnes semble pouvoir passer
d'un compositeur à l'autre avec une efficacité remarquable,
Tetzlaff convint surtout dans le répertoire classique. Après
un Rondo tendrement articulé,
ils abordaient la Sonate en ut mineur Op.45 n°3 de Edvard
Grieg, requiè- rant, comme celle de Chostakovitch, un
engagement généreux. Dans ce romantisme finissant
coloré de symbolisme, le pianiste excelle et le violoniste
chante avec beaucoup d'expressivité - notamment l'Allegretto
central. À la fois plaintif et fougueux, le dernier mouvement
transportait l'auditoire dans un univers douloureux. Pour répondre
à l'enthousiasme manifeste du public, les artistes donnèrent
deux délicieuses petites
pièces de Sibelius.
Bertrand Bolognesi
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