© jean-jacques ader

14ème édition

Festival Toulouse Les Orgues
Toulouse, du 8 au 18 octobre 2009

 

Cette manifestation internationale de haute tenue qui attire chaque
année un vaste public d'amateurs, spécialistes et mélomanes venus des quatre coins de l'Europe, s'est déroulée du 8 au 18 octobre à Toulouse et en région pour célébrer le roi des instruments. Capitale européenne de l'orgue, la ville rose possède un patrimoine organistique exceptionnel
par le nombre et la qualité d'instruments d'époques et d'esthétiques
variées qu'elle entretient, restaure et donne à entendre avec un réel souci de perfection. A cette ambition d'excellence s'associe le soutien de Jean-Jacques Germain, président du Festival, et celui de son directeur artistique, l'organiste Jan Willem Jansen. Cette 14ème édition s'est déclinée en une quarantaine de rencontres, récitals : aubades, lectures musicales, hommages à Schütz et Haydn, messes, concerts où l'orgue s'est trouvé associé à d'autres instruments, au cinéma muet ou à la danse. Dans une atmosphère de profond recueillement, les manifestations ont investi la cité. Les concerts rassemblèrent un auditoire fervent et attentif. Eglise-musée des Augustins, du Gesu, de Saint-Pierre des Chartreux, cathédrale Saint-Etienne, basiliques Saint-Sernin et Notre-Dame de la Daurade, temple du Salin, ont été les lieux d'écoute privilégiée de ces moments intenses.

Au cœur du Festival, l'immense œuvre pour orgue de Johann-Sebastian Bach, ses contemporains et sa filiation. L'influence de sa musique sacrée sur trois compositeurs du 19ème siècle - Liszt, Mendelssohn, Franck - fut mise en lumière lors d'un concert tout en nuances qui réunissait le Chœur du Capitole, dirigé par Alfonso Caiano, le soprano japonais Rié Hamada
et Yves Rechsteiner au grand orgue et à l'orgue de chœur de la Basilique
N.D de la Daurade. Faut-il rappeler que le Cantor a écrit sa vie durant pour l'orgue, vérifiant sur son instrument de prédilection les recherches de sa grammaire musicale, sa science de la composition, son pouvoir d'invention et de combinaison? Mais, de son temps, sa grande réputation reposait essentiellement sur sa virtuosité d'organiste et ses dons d'improvisateur génial. On rapporte que lors de son voyage à Hambourg en 1701, Bach,
âgé de seize ans, éprouva une forte impression en écoutant Johann Adam Reinken (1623-1722), l'un des plus fameux organistes et compositeur d'Allemagne du Nord, improviser sur le choral An Wasserflüssen Babylon. Bach, à son tour, lui fit montre de ses capacités. Le maître, bouleversé par la maestria de l'élève, lui offrit, en signe admiratif de reconnaissance, sa bague en lui disant "Je croyais que cet art mourrait avec moi, mais je vois qu'il survivra en vous". A l'issue de cette édition, la parole du vieux musi-
cien se révèle prophétique. Une jeune et brillante génération d'organistes passionnés assurent la relève et la permanence du goût et de l'intérêt
pour cet instrument d'exception dont la science complexe et l'ingéniosité artisanale ne cesse d'évoluer.

Parmi les nouveaux venus de la scène organistique, les français Mathias Lecomte et Jean-Baptiste Monnot tenaient les orgues de la Cathédrale Saint-Etienne pour Perpetuum, oratorio chorégraphique avec Marie-Agnès Gillot, étoile de l'Opéra national de Paris, et Rachid Safir à la tête de ses Jeunes Solistes. Anne-Gaëlle Chanon, premier prix du Concours Xavier Darasse de Toulouse en 2008, occupait la même tribune pour une soirée alliant l'orgue aux cuivres et aux percussions, l'Espagnol Juan de la Rubia Romero animait un concert du midi à Saint-Sernin où le Toulousain Jean-Baptiste Dupont accompagnait de ses improvisations inspirées l'émou-vant Visages d'enfants (1925), film muet de Jacques Feyder. Formé en Suisse, Benjamin Righetti a mis sa sensibilité et sa pratique au service
de plusieurs concerts tandis que la talentueuse japonaise Maïko Kato
se produisit en région.

Placé au fond de la nef grandiose des Augustins, le magnifique buffet en chêne de l'orgue construit en 1981 par le facteur allemand Jürgen Ahrend s'imposait pour le concert de clôture, donné par Bernard Foccroule. Son
jeu sut en magnifier le lyrisme raffiné avec élégance et retenu, dans un programme ambitieux dédié à Bach dont il nous fit suivre l'itinéraire de Lüneburg à Leipzig. La veille, dans l'église de Cintegabelle, à quelques kilomètres de Toulouse, nous avions pu entendre un programme
consacré à Bach et aux compositeurs français des 17ème et 18ème siècles, sous les doigts de Jan Willem Jansen.

Marguerite Haladjian