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franz schubert : trios D.898 et D.929

Théâtre des Champs-Elysées, Paris
10 mars 2008

Schubert fait partie de ces compositeurs qu'on aime sans même les connaître. Lors de cette soirée consacrée à ses deux trios avec piano,
le Théâtre des Champs Elysées affiche complet. Les frères Capuçon
et Frank Braley ont su restituer le caractère intimiste et intense de ces pièces, tout en étant sensibles à leur construction musicale.

On se croirait dans un salon au XIXème siècle, tant le jeu des trois musi-ciens est intimiste et chaleureux. Schubert organise d'ailleurs à l'époque des concerts donnés en petit comité, des soirées musicales passées à
la postérité sous le titre de Schubertiades. Ces rencontres musicales ont lieu dans des cafés ou chez des particuliers à Vienne. À travers ces deux trios, c'est un Schubert entre classicisme et romantisme qui s'affirme - l'âme romantique, tantôt fougueuse et héroïque, tantôt sereine et désillu-sionnée, s'exprime dans des formes classiques. Dans l'Allegro du Trio
n°1 en si bémol majeur D.898
, on note le sens du phrasé des musiciens
et leur l'écoute attentive. L'équilibre est parfait. On apprécie la fluidité des mélodies, quand le thème commencé au violon se poursuit au violoncelle. Dans l'Andante, le piano est clair et léger comme des gouttes d'eau. À la fois discret et profond, le jeu correspond à l'esprit de cette musique. Les passages dramatiques sont rendus par une interprétation tout en nuances. "Ça me fait penser à des tableaux impressionnistes", remarque une dame du public.

Les artistes ne se contentent pas de jouer les notes de la partition.
L'œuvre est ici analysée, pensée dans son ensemble. Dans le Trio n°1,
les thèmes, les subtilités de la main gauche du piano autant que les pizz' pianissimo du violoncelle ressortent clairement. Le jeu des Capuçon et
de Braley révèle à chaque mesure l'ingéniosité du compositeur. Intime
et tourmentée, la musique de Franz Schubert nous touche. Le chant des instruments se fait populaire avec une touche personnelle, une patte qui n'appartient qu'à lui. "Celui-ci me dépassera", avait annoncé Beethoven. Pourtant, Schubert, de son vivant, n'a pas connu de succès à la mesure
de son génie.

Dans le Trio n° 2 en mi bémol majeur D.929, l'attention du public est tou-jours aussi nette. Le trio alterne entre fougue et sérénité. Avec le célèbre Andante, l'on partage moment de grâce où s'apprécient la fluidité du
violon, la pureté du jeu et le charme des conclusions. Le thème passe naturellement d'un instrument à l'autre, comme le propos d'un roman
se transformant au fil des pages, exposé par différents personnages. Ici,
les cadences rompues sont comme un sursaut. On savoure les couleurs contrastées et les modulations bien amenées. Il suffit de quelques notes pour se plonger dans une atmosphère dramatique puis apaisée. Les coups d'archet judicieux de Renaud et Gautier Capuçon donnent du relief
au mouvement final, jusqu'aux dernières mesures où l'héroïsme triomphe.

Laure Dautriche