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Printemps des Serres d'Auteuil
Serres d'Auteuil, Paris
24 et 25 juin 2004
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Respectant la formule qu'on pourra dire dorénavant consacrée
d'intégrer
à un programme classique une pièce contemporaine,
le Printemps des Serres d'Auteuil, de même que son
grand frère automnal Les Nouveaux solistes aux Serres
d'Auteuil, se concentrait cette année sur deux compo-siteurs
nés en 1925 et dont l'uvre marquante continue de fasciner
notre écoute et d'influencer la création : Luciano
Berio et Pierre Boulez. Ainsi entendit-on ce week-end les pianistes
Jean-Efflam Bavouzet et Dimitri Vassilakis pour deux
fins d'après-midi totalement différentes.
Pour commencer son récital, Jean-Efflam Bavouzet avait choisi
La Tempête, ou Sonate en ré mineur n°17
Op.31 n°2 de Beethoven,
dont il proposait un Largo savamment intériorisé.
Ici, ce n'est certes pas
une tempête au sens climatique du terme, mais bien
plutôt une révolution
intime qui s'exprime. On apprécia la rondeur de sonorité
des motifs lents, devenus récitatifs lisztiens méditatifs,
une qualité entretenue dans l'Ada-
gio central, assez moelleux, au chant gentiment porté
par un legato nourri annonçant Schubert, et qu'une accentuation
volontairement heurtée vint contredire, comme le danger d'un
bouleversement qui n'a pas dit son der-nier mot. Et c'est bien ce
que révèlera le dernier mouvement, se gonflant jusqu'à
la peur d'une énergie prête à tous les débordements.
Suivait une interprétation d'une gravité déroutante
de la Sonate en majeur n°22 Op.54, mue par des contrastes
parfois surprenants et une accentuation autoritaire et dynamique,
faisant goûter un Menuet alternant coups de gueule
et pré- ciosité, puis un ferme Allegretto s'achevant
un peu trop brutalement. Il était naturel d'enchaîner
la Sonate n°1 de Pierre Boulez qui, s'il est volontiers
stimulé par le répertoire beethovénien dans
ces années-là, à en juger par
la puissance et le contraste de son écriture, s'inspirerait
plus directement
de l'Hammerklavier pour sa Sonate n°2, en 1948. Bavouzet
sculptait ici une expressivité d'airain avec son instrument,
avec une franchise qui n'aurait d'égale que l'effervescence
infernale avec laquelle il articulait le second mouvement, soulignant
certains effets de résonance qu'on trouvera plus tard dans
l'orchestre boulézien. Pour finir, il donnait en fin coloriste
la Fantaisie en si mineur Op.28 écrite par Alexandre
Scriabine en 1900, détachant certaines nuances avec une
relative préciosité qui, une nouvelle fois, put sonner
comme Liszt. Du reste, comme si sa volonté y tendait de-puis
le début, Jean-Efflam Bavouzet offrait En rêve pour
remercier son public.
Le lendemain, Dimitri Vassilakis ouvrait un fort beau moment de
musique par six Sonates de Scarlatti dont il soulignait
la fantaisie tout en affirmant
un jeu jamais superficiel. Très subtilement, le pianiste
révèle une légèreté qui n'en
est pas une, plutôt une pudeur mélancolique qui se
veut toujours aimable, comme une tendresse apprivoisant des dangers
insoupçonna-bles. Désignant les motifs obsessionnels
de cette musique, se risquant plus d'une fois à précariser
la sonorité, nous faisant entrer directement
dans les séductions empoisonnées d'un univers fermé
sur lui-même, jouant délicatement avec les raffinements
de cette écriture, il proposait
un Scarlatti inquiet, voire angoissé. Pièce maîtresse
de son récital, la très complexe Sonate n°2
de Boulez offre des proliférations illimitées contenues
par une forme contraignante, hérité du piano classique.
Aussi fut-on littéra-lement estomaqué de constater
l'incroyable fidélité de l'interprète à
toutes les indications de nuance, de dynamique et de caractère
d'une partition redoutable. Cette uvre a provoqué des
versions très diverses : ainsi Pierre-Laurent Aimard s'y
montra-t-il parfois ascétique, Florent Boffard
poète, Dimitri Vassilakis s'avérant aujourd'hui contrarié.
Jusqu'à Paavali Jumppanen qu'on y trouve onirique ! Cette
fois, le Très librement final est vraiment très
libre, s'étiolant jusqu'à s'achever dans une demi-teinte
d'une exquise délicatesse. Avec la même profondeur,
Vassilakis prit congé avec deux extraits des Etudes d'exécution
transcendante de Liszt : un Chasse-neige qu'il
sut rendre orchestral, précédé d'une Ricordanza
déjà impressionniste.
Si Boulez était plus présent dans la série
de Printemps, avec ces deux Sonates, le Livre pour
quatuor et Incises, côtoyant le Quatuor
et la Sonate
de Berio, la proportion s'inversera dans le cadre des Nouveaux
solistes -
et nous attirons particulièrement votre attention sur les
récitals d'Elena Rozanova (28 août), Maurizio Baligni
(3septembre) et Giovanni Bellucci
(27 août) - qui consacreront six concerts au compositeur italien
et trois
au ligérien.
Bertrand Bolognesi
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