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récital giovanni
bellucci
Serres d'Auteuil, Paris
23 juin 2007
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Après l'intime poésie du rendez-vous d'hier, c'est
à constater le panache
du pianiste Giovanni Bellucci que Les Solistes aux Serres
d'Auteuil nous convie. De fait, l'Italien se lance dès
l'abord dans une interprétation fou-gueuse et opulente de
la Cinquième de Beethoven transcrite par Liszt
- notons au passage que l'on pourra entendre l'intégralité
des transcriptions de ces symphonies (mais aussi quelques autres
versions de certaines d'entre elles) lors des concerts Week-end
de Radio France à l'auditorium
du musée d'Orsay, au printemps prochain.
C'est un départ généreusement musclé
que Bellucci accorde aux premiè- res mesures du célèbre
Allegro con brio. Comme toujours, entendre cette symphonie
au clavier permet de se concentrer sur sa forme qui s'analyse alors
d'elle-même, quasi spontanément. Ne cherchant pas à
réorchestrer une uvre écrite d'abord pour l'orchestre
et qui se trouve transcrite pour
son médium, l'instrumentiste s'ingénie à la
rendre au pianisme lisztien, peut-être même à
ses mégalomanies, à partir d'un Beethoven digéré
dans la virtuosité la plus affirmée. Il nous fait
goûter un Andante au chant profondément élégant,
quoique dans une articulation toujours mafflue. L'approche polyphonique
est excellente, dans un relief remarquable. L'amorce du 3ème
mouvement se fait sombre et veloutée, suivie de par-faites
oppositions de frappe, avec un imparable sens du contraste et du
phrasé. L'on n'a plus l'impression d'un pianiste qui joue
avec ses mains, mais celle d'un chef qui dirige les cordes de son
piano (plus encore que ses doigts). Dans l'Allegro final,
ici dangereusement furieux, la solitude
aux commandes permet une mobilité plus personnelle du tempo
que l'effectif symphonique et l'incontournable force d'inertie des
grands en-
sembles n'autorisent que très rarement, dans des moments
de grâce
où les musiciens communient avec leur chef au-delà
du geste et de la respiration. Bellucci en profite sensiblement,
soulignant, à la manière
du beau chevelu de Lehmann (musée Carnavalet), la nudité
de certains îlots.
Après ce grand moment, la suite du récital paraîtra
bien terne. L'un des principes de ce festival est de proposer, dans
un programme d'une heure, une pièce contemporaine, au choix
de l'interprète invité. Ce soir, bien que
né en 1969, le compositeur de La dolce Italia lorgne
benoîtement sur les années 1910 de Milhaud qu'il emboîte
par un jazz poli mâtiné de fiers debussysmes. Les errements
néo-tout-ce-qu'on-voudra nient le temps
que nous avons à vivre, cherchant à l'arrêter
tout en bénéficiant perver-
sement de son passage. La contemplation d'une pensée d'un
autre âge,
d'un art d'autrefois, d'une économie ancienne, ne peut agir
avec des con-tingences qui ne sont plus celles qui engendrèrent
cette économie, cet
art, cette pensée. Est-ce à dire que notre société,
en offrant deux voies de salut esthétique, quitte à
se lover dans des délices régressives, se fasse schizophrène
? De ces parfums de cabaret moscovite et de romances mexicaines
rompus de soubresauts jazzy, l'on ne ferait de l'artiste
qu'un décorateur sonore, artisanat comme un autre, certes,
mais artisanat seulement.
Dieu que la Deuxième Rhapsodie hongroise de Liszt
paraît d'avant-garde, après cette vieille soupe (ce
que, dans sa chronique du Wiener Salonblatt, Hugo Wolf constatait
en leur temps) ! On regrettera cependant que l'inter-prétation
de Giovanni Bellucci soit si peu joueuse, accablée de ruptures
de tempo semblant plus obligées que choisies. En bis,
le pianiste offre
la Paraphrase de concert d'après Rigoletto dont il
cisèle une introduction diablement cristalline, jusqu'au
pianississimo le plus délicat. Un pathos opulent vient
ensuite rappeler l'ironie de certaines pages sur l'opéra
italien (relire Lettres d'un bachelier). L'on gardera de
cette fin d'après-midi sous
la verrière le souvenir enthousiaste de la Cinquième.
Bertrand Bolognesi
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