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Récital Anne Schwanewilms
Opéra National du Rhin, Strasbourg
8 mars 2008
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À peine Anne Schwanewilms a-t-elle ouvert la bouche
et émis ses premières notes qu'on ne peut que s'incliner
devant la perfection du chant de la soprano allemande. C'est bien
de perfection qu'il s'agit. Le bal est ouvert avec des mélodies
de Debussy, mélodies qu'on a rarement enten-dues si
bien chantées. La ligne vocale est pure, le français
clair et sans affectation, la compréhension du texte évidente.
Les Lieder de Wolf qui suivent sont interprétés
avec la même simplicité. Simplicité apparente,
car rien n'est plus ardu et complexe que l'évidence.
Mais c'est dans la seconde partie de ce récital que le génie
interprétatif de
la cantatrice éclate vraiment. En particulier dans les lieder
de Strauss dont on a l'impression que le compositeur lui-même
soit descendu des cieux pour lui souffler la musique à l'oreille
et guider sa voix. In goldener Fülle est éclatant,
solaire, magnifiquement conduit. Avec Ach, was Kummer, Qual und
Schmerzen, en particulier, la chanteuse démontre ce que
peut être un déli-cieux mystère, incarnant avec
délice ce personnage qui cache ce qu'il a sur le cur
et ne dévoile son secret qu'à demi-mot. Das Rosenband,
lied amou-reux et tendre, lui permet de déployer toute sa
séduction vocale. Les som-mets de la soirée sont
Elfenlied, malicieux et coquin, et Storchenbotschaft,
délicieux de drôlerie. Avec ces Lieder, Anne Schwanewilms
fait preuve d'un humour délicat, marque suprême de
son raffinement.
Ce qui frappe le plus, c'est la perfection de la technique vocale.
Haut placée, lumineuse, sans artifice aucun, sa voix porte
admirablement. Ses aigus sont presque immatériels, flottants
au-dessus d'elle, suivant les principes de la vieille école
de chant allemande, dont les plus beaux exem-ples restent Elisabeth
Schwarzkopf et Gundula Janowitz, auxquelles elle
fait irrésistiblement penser. Toute l'émission vocale
est parfaitement sur
le souffle, la rendant capable de toutes les nuances, du forte
puissant et timbré au pianissimo à fleur de
lèvres. Anne Schwanewilms chante égale-ment Wagner,
et on ne peut que songer à Frida Leider qui disait chanter
le chanter comme du Mozart, et oser affirmer qu'elle a fait sien
ce précepte,
au XXIe siècle.
Rendons également hommage au pianiste Manuel Lange,
discret et fidèle soutien, qui permet à la chanteuse
de déployer sa voix et de servir la musi-que comme sa sensibilité
le lui dicte. Plus qu'une voix et une technique, c'est la tenue
scénique de la cantatrice, presque retenue, noble et fière,
et son port de reine, qui ont marqué les esprits, preuve,
s'il en était besoin, qu'une telle musique n'a pas besoin
de gestes pour s'incarner, et que la vraie sensibilité musicale
ne prend vie que lorsque sont accordés l'esprit,
la voix et le cur.
Nicolas Grienenberger
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