renaud et gautier capuçon © christian lutz

quatuors pour piano et cordes de brahms

Festival de l'Orangerie de Sceaux
14 août 2005

Quatre artistes se réunissaient, cet après-midi, à l'Orangerie de Sceaux, pour faire entendre la musique de Johannes Brahms, celle des Quatuors pour piano et cordes n°1 Op.25 et n°2 Op.26, écrits à la suite, de la fin 1859 au début de 1862.

Le lyrisme relativement contenu avec lequel les musiciens amorçaient
ici l'Allegro non troppo de l'Opus 26, pour commencer, soulignait une arti-culation élégante plutôt qu'exclusivement véhémente. On aura remarqué la douceur très égale de la sonorité de Gautier Capuçon au violoncelle, dans une sorte d'équilibre fort élégant qui ne se démentira pas de tout le concert. Le violon de Renaud Capuçon se fait ici discret, s'ingéniant à former des ensembles soignés, tandis que Nicolas Angelich au piano a bien du mal
à trouver sa place entre ses rôles de socle orchestral ou de véritable prota-goniste. On regrettera par ailleurs l'usage trop généreux d'une pédalisation empirique, et des attaques parfois brutales. En revanche, sa réalisation délicatement chantante de l'introduction du Poco adagio invitait à propos
les cordes à une approche un rien feutrée, plus mystérieuse, avant que
des échanges d'une raffinement indéniable vinssent convaincre l'écoute.
Le violon est alors attentif et mène soigneusement la nuance, avec une expressivité jamais appuyée. Mais l'unisson du début du Scherzo s'avère-
ra problématique, et Gérard Caussé à l'alto accusera quelques soucis dès que le rythme s'accélère. Alternant au caractère dansé des passages d'une grande tendresse, l'Allegro alla breve laissait poindre une suavité particu-lière des interventions de violon, avant la gentille jubilation finale. S'il est convenu de considérer cette œuvre comme plus aboutie que son aînée, on put une nouvelle fois constater que la spontanéité peut-être un peu brouil-lonne des premiers essais fut toujours salutaire à Brahms qui, dès après ces moments de grâce, époumonait son art à des redites fastidieuses qui le rendirent verbeux et interminable (ne pourrait-on avantageusement trancher une vingtaine de minutes à ce Quatuor en la majeur ?...).

Renaud Capuçon prendrait ensuite la direction des timbres dès
l'Allegro initial du Quatuor en sol mineur, pleinement chanté, affirmant l'exquise couleur que Gérard Caussé obtient de son alto. Cependant, là encore, le pianiste ne possède qu'un son unique, confond contraster et nuancer, dans un jeu qu'il eut été plus judicieux d'imaginer un peu sec ;
sur un texte déjà verbeux, qu'était-il besoin de surenchérir ? Sa prestation retrouvait une inspiration plus gracieuse dans l'Intermezzo, où les trois violes ont offert des échanges remarquables. La souplesse avec laquelle fut pris l'Andante suivant n'eût d'égale que l'énergie qui nourrissait le Rondo hongrois, bien qu'un violoncelle plus affirmé n'eût pas nuis. Contrairement au n°2, cette page sait rebondir sans ressasser, toujours avec une fraîcheur étonnante.

Bertrand Bolognesi