© anaclase


Händel par Les Honnestes Curieux
Artaserse dans des motets du Seicento
et bach par pierlot & weiss

Festival de Sablé
26 et 28 août 2004

 

 

 

 

 




















© anaclase

Bach et Händel sont tous deux originaires de Saxe ; l'un ferait une grande carrière allemande, l'autre quitterait Halle pour Albion où il deviendrait un grand compositeur… anglais ! Et si le premier goûta les concerti italiens au point d'en transcrire quelques uns pour le clavier et d'imaginer son propre Concerto nach italienischem Gusto, l'autre ira perfectionner son art dans
la ville éternelle dont la musique inspirerait grandement son œuvre qui, lorsqu'elle sera officiellement anglaise, fera toujours appel aux artistes italiens. Aussi, la péninsule fut-elle largement présente au Festival de Sablé, comme il se doit dans une programmation baroque, et l'on y put entendre quelques raretés des uns et des autres, à commencer par le splendide récital présenté par l'ensemble Artaserse et le contre-ténor Philippe Jaroussky (auquel notre Dossier du Mois est actuellement consacré), en l'église Notre-Dame de Durtal, jeudi en fin d'après-midi.

Deux motets du romain Domenico Mazzocchi (1592-1665) ouvraient ce concert intitulé Musique spirituelle et motets du Seicento. Il Passagio del
Mar Rosso
relatent bien sûr l'épisode biblique que l'on sait, avec une expressivité très personnelle dans laquelle Philippe Jaroussky s'est enga-gé d'emblée, d'une voix encore un peu raide qui gagna à s'assouplir au fil du programme. Et dès Pianto della Madonna, le chanteur offrit une ligne plus évidente, au service d'une sensibilité généreuse et émouvante, délicatement inspirée par le texte ici porté au-delà de son seul intérêt musical. Alternant musique vocale et pièces instrumentales, la gambiste Christine Plubeau, que nous apprécions régulièrement dans les activités de La Grande Ecurie et La Chambre du Roy, donnait un énergique Ricercardas du tolédan Diego Ortiz (avec un évident raffinement, introdui-sant Queste pungenti spine, cantate spirituelle du théorbiste émilien Benedetto Ferrari (1597-1681), dans laquelle Jaroussky réalisa des voca-lises d'une légèreté extraordinaire, d'un timbre finement coloré. Et plus on avança dans le récital, plus la voix gagnait en couleurs, sans perdre de son éclat qui, alors, pu pleinement s'exprimer, comme dans Durum Cor ferreum et Gaude nunc Gaude du grand Legrenzi qui, pour parler latin, n'en furent pas moins les deux seules incursions profanes de ce programme. Après une fort élégante pièce de théorbe de Piccinini donnée par Marc Wolf,
nous retrouvions la voix dans un Stabat Mater dolorosa et un Salve Regina qui venaient saluer la présence évidente de la Vierge dans un choix qui lui était largement dédiée. Si l'on put une nouvelle fois admirer les qualités artistiques de Philippe Jaroussky dans la première hymne de Giovanni Felice Sances (1600-1679), celle du vénitien Antonio Rigatti (1615-1649) devint une fervente et dramatique prière. Il était tout naturel que les artistes offrissent le Salve Regina de Monterverdi en bis.

Le premier concert de samedi, dernière journée du Festival, était donné
par le gambiste Philippe Pierlot et le claveciniste Kenneth Weiss, et se consacrait entièrement à la musique de Johann Sebastian Bach. Dans
la belle église Saint-Jean Baptiste de Chantenay-Villedieu, la Sonate en
sol majeur BWV 1027
eut cependant du mal à s'imposer, et ce n'est guère qu'au troisième mouvement que la musique est apparue. Après un dernier Allegro magnifiquement rebondissant, les artistes s'attelaient à la Sonate en ré majeur BWV 1028 avec une élégance particulière. Avant de clore
cette trilogie, Kenneth Weiss joua précisément le Concerto BWV 971 nach italienischem Gusto évoqué plus haut ; si l'on put apprécier la magnifique couleur qui fait la signature de ce grand interprète, on n'aura pas retrouvé
sa fiabilité habituelle. Enfin, nous retrouvions les deux instrumentistes dans la Sonate en sol mineur BWV 1029 dont le Vivace bénéficiait d'une âpreté fascinante qu'une lecture brillant par son expressivité ne démentit pas.

Né la même année que le maître de la Thomaskirsche, Georg Friedrich Händel fut embauché, sept ans après son installation définitive en Angle-terre, par le Duc de Chandos, en 1717, pour lequel il écrivit ses célèbres Anthems. Une partie de sa musique de chambre date de cette époque, tandis que d'autres pièces rares nous viennent de sa période romaine. L'Assemblée des Honnestes Curieux nous invitait jeudi à explorer un répertoire demeurant assez rare, auquel elle sut donner tout son relief grâce à une lecture tant équilibrée que contrastée sachant projeter les couleurs des divers climats de chaque mouvement avec une pertinence indéniable. Certaines pages auront pu paraître plus méditatives et même recueillies, mais c'est dans l'ensemble à une écriture jouissivement dramatique que l'on put goûter lors de cet excellent concert (on ne peut s'empêcher de penser à l'Agrippina en entendant la Sonate en trio HWV 386a en ut mineur, par exemple). Etrangement, le fait de jouer ces œuvres sur instruments anciens parvient à en souligner d'autant plus l'esprit classique. Evoquant des figures de danses, la Sonate en ré mineur HWV 359a s'avérait particulièrement réussie. Les Honnestes Curieux sont encore de jeunes artistes (l'ensemble existe depuis six ans) dont les interprétations se teintent d'une clarté reconnaissable entre toutes.

Bertrand Bolognesi