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Récital du sopraniste
jacek laszczkowski
Salle Gaveau, Paris
20 février 2008
Retrouvez Jacek Laszczkowski
sur Anaclase
CD Rosmira fedele
de Vivaldi, DVD Teseo
de Händel
et dans notre dossier
Vivaldi de juin 2003, pour
Rosmira fedele (Nice) et Catone in Utica (Tourcoing)
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Jacek Laszczkowski, voilà un nom connu des mélomanes
mais encore trop peu du grand public, celui d'un artiste qui, pourtant,
mériterait d'occu-
per la première place dans la sphère des falstettistes,
ces hommes ayant choisi de tenter de rendre justice au répertoire
des castrats. Ce soir, dans une Salle Gaveau à l'acoustique
et à la taille humaine idéales pour cette musique,
le chanteur polonais nous propose un programme composé deraretés
händeliennes et vivaldiennes, modestement nommé Arie
ritrovate.
Ce qui différencie Jacek Laszczkowski des contreténors
tels que Philippe Jaroussky, Andreas Scholl ou David Daniels, plus
médiatisés, c'est bel et bien sa nature d'authentique
sopraniste qui le rend capable d'atteindre les aigus des sopranos
et, prouesse rare, de chanter la Reine de la Nuit et ses suraigus
meurtriers.
Mais ses vraies qualités ne résident pas dans les
aigus stratosphériques
ni les acrobaties vocales. Certes, les notes graves, à la
limite de l'inaudible, laissent apparaître sa véritable
nature de ténor, et certaines attaques trahis-sent la difficulté
qu'il rencontre à laisser de côté sa voix
pleine. Car, avant de découvrir son registre de fausset,
il était bel et bien ténor et, aussi étrange
que cela puisse paraître, il utilise parfois encore sa voix
de poitrine en concert, à l'inverse de la plupart de ses
collègues qui n'ont jamais
travaillé une autre voix que leur falsetto.
Ce qui intrigue le plus dans cette voix, c'est son timbre.
Une fois passé le grave, le médium et l'aigu (surtout)
éclatent avec le tran-chant et l'épaisseur vocale
d'un véritable soprano, plein et rond, loin de cer-taines
stridences ou autres angélismes. La virtuosité est
impressionnante, parfois même stupéfiante de facilité.
Les vocalises sont exécutées sur le souffle, même
à gran-de vitesse, prouesse rare, car un peu perdue, chez
les chanteurs actuels. Les airs Ai Greci questa spada, extrait
de Deidemia, et Nubiloso fra tempeste, extrait de
Riccardo Primo, tous deux composés par Händel,
et surtout l'inhumain Destin avaro tiré de La Fida
Ninfa de Vivaldi, démontrent bien la capacité
du chanteur à se jouer des plus grandes difficultés
techniques : coloratures, roulades, arpèges, sauts d'octaves,
tout est accompli et maîtrisé avec une apparente facilité.
Ce qui fait la qualité de cette soirée, ce sont les
airs lents et élégiaques. Piango dolente il sposo,
extrait d'Oreste, et Se potessero i sospir miei tiré
d'Imeneo de Händel, sont des joyaux de délicatesse
et de ligne vocale.
Plus encore, les deux autres airs de la Fida Ninfa vivaldienne,
Dolce fiamma et Tra inospite rupi, lui permettent
de faire montre de pianissimi flottants et impalpables, d'une
excellente technique de souffle, ainsi que d'une musi-calité
délectable et d'une inventivité musicale rare. En
bis, en plus de trois autres morceaux issus du programme
rechantés avec une générosité, une virtuosité
et une émotion encore accrues, le sopraniste nous enchante
avec l'air Lascia la spina dont Händel se servira pour créer
le célébrissime Lascia ch'io pianga de son Rinaldo.
Aux côtés de Jacek Laszczkowski, le soutenant constamment,
l'Ensemble Dolce e Tempesta, composé simplement de
deux violons, d'un violoncelle, d'une contrebasse et d'un clavecin
- admirable Stefano Demicheli -, prouve ce qu'est le véritable
et simple plaisir de faire de la musique, avec deux concertos, l'un
de Händel, l'autre de Vivaldi, d'une précision instrumentale
et d'une musicalité superlatives. Loin de la médiatisation
outrancière, ces artistes mettent en lumière l'authentique
visage des musiciens : d'humbles artisans passionnés, heureux
de porter l'art de la musique à son plus haut et plus beau
niveau.
Nicolas Grienenberger
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