© j.j. chabert / sinfonia
Benjamin alard joue les
goldberg
Eglise des Billettes, Paris
7 mars 2006
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Le long et rigoureux fil des Variations Goldberg BWV 988
de Johann Sebastian Bach que Benjamin Alard déroulait
pour le public de l'Église
des Billettes nous a donné l'occasion de découvrir
un clavecin très intério-risé, trop sans doute.
D'une élégance et d'un moelleux paradoxalement fastidieux,
le jeu, travaillant sa profondeur parfois jusqu'au maniérisme
(Variation 13), manquait, à nos oreilles, singulièrement
d'épaisseur.
Le chant fut toujours très gracieusement soutenu par un
art consommé
du legato (Variations 1 et 8, par exemple)
mais non sans installer jusqu'au numéro 15 au moins un climat
languissant qui, à assurer son unité à l'inter-prétation,
avait le défaut d'escamoter quelque peu les incessantes inven-tions
de la partition. La main gauche ne parvint pas toujours à
faire entendre sa partie (Variations 2 et 5) mais
peut-être faut-il en reporter la responsabi-lité sur
la faiblesse d'un instrument dont les aigus, au moins, se montrèrent
insuffisants.
La seconde moitié de l'uvre connut sans doute un meilleur
sort.
L'engagement de l'artiste s'y fit plus audible (Variation 16,
Ouverture) et
plus marqué sur les danses (Variations 19 et 24).
Le phrasé, toujours très souple, donna une touche
d'entrain à une dynamique à la fois plus brillante
et parfois aussi plus simple (Variation 23). Si les ornements
manquèrent le plus souvent de consistance technique, le rubato
soutint cette fois une déli-catesse somme toute plaisante.
Le retour final de l'Aria permit à l'instru-mentiste
de signer une page toute de clarté, dont la préciosité
de l'ultime ritardando ne manquait néanmoins pas d'une
certaine tenue.
Pour notre part, outre cette ultime pièce, nous ne voulons
retenir de l'ensemble que la Variation 25 - Adagio
en sol mineur - qui, portée par l'attention pour une fois
sereine de l'interprétation aux décours des torsions
de l'harmonie, vit inopinément l'uvre s'ouvrir à
un climat somptueusement méditatif.
Marc Develey
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