© christian creutz
entre création et classiques
du XXème
siècle
MUSICA
Musée d'Art Moderne & Auditorium France 3 Alsace
Strasbourg, 24 septembre 2005
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Après le précieux concours qu'il prêtait hier
soir au concert d'ouverture
du festival MUSICA, Pierre-Laurent Aimard ouvre le
récital qu'il donne
cet après-midi dans la Salle Koltès du TNS par les
Miniatures de Marco Stroppa [que nous évoquions
en janvier dernier à l'occasion des concerts de la Semaine
Stroppa du Théâtre du Châtelet, et à
propos desquelles le compositeur s'exprimait alors pour nous]. Si
l'on peut dire que le pianiste dessinait hier les Notations
de Boulez, il cisèle aujourd'hui la musique de l'Italien
avec une précision médusante, avant de servir celle
d' Elliott Carter et de ses Two Diversons écrites
en 1999 en en révélant clairement la struc-ture. Suivront
les Shadowlines de George Benjamin, soit six préludes
en forme de canons que nous avions pu entendre sous les doigts
de leur auteur en juin dernier, dans le cadre du festival Agora
; on admire aujourd'hui la définition extrême que Pierre-Laurent
Aimard offre à cha-
que motif, bien que le trait soit parfois quelque peu forcé
par un contraste gentiment pédagogique. Dans Gaspard de
la Nuit de Ravel, il transcende Ondine d'un beau
travail de couleur, conduisant ensuite Le Gibet dans une
lenteur terrible et judicieusement glaçante, avec laquelle
la vilenie jubilatoire et sèche de Scarbo - ici, le
gnome n'est pas espiègle, loin s'en faut ! - contraste d'autant
plus. Enfin, au-delà de l'affirmation de sa maîtrise
incon-testable de la musique de Pierre Boulez, le pianiste
offre une interprétation sauvage et flamboyante de la 1ère
Sonate, soulignant à juste titre comme d'un coup de fouet
sa radicalité qu'il convient de replacer dans le paysage
musical de son temps, et qui reste d'une violence et d'une énergie
inouïes près de soixante ans plus tard.
Autre rendez-vous chambriste de la journée : le premier
volet des
Samedis de la jeune création, imaginés, avec
le soutien de la SACEM,
par MUSICA et le FESAM afin de faire entendre des uvres
de jeunes compositeurs européens dans un cadre professionnel
prestigieux. Le FESAM, Fonds Européen des Sociétés
d'Auteurs pour la Musique, initiative engagée en 1993 par
la SACEM et la GEMA, son équivalent allemand, bien-tôt
rejointe par les organismes similaires de quatre autres pays - AKM
pour l'Autriche, SABAM pour la Belgique, SUISA pour la Suisse et
BUMA pour les Pays-Bas - s'est fixé pour mission de susciter
et d'accompagner les compo-siteurs par un travail en réseau
européen permettant production, diffusion
et promotion. Ainsi, en fin de matinée, à l'Auditorium
du Musée d'Art Moderne de Strasbourg, entendions-nous les
travaux de cinq musiciens, exécutés par les instrumentistes
de l'ensemble Accroche Note. La création de Crac(k)
de Sébastien Béranger, n'a guère convaincu,
cet auteur français de vingt-huit ans [voir notre compte-rendu
du 28 septembre 2003 à propos de son Triangle
de Pascal] ne prenant pas le risque d'affirmer vraiment
sa personnalité dans cette courte pièce pour flûte
en ut. La première audition française de Shall
I revisit these same differing fields (Sonnet XX), trio pour
violon, violoncelle et piano écrit par Xavier Dayer
(Suisse) en 2001, qui choisit actuellement d'inspirer la quasi-totalité
de son uvre par la poésie de Pessoa (nous parlions
dernièrement d'une génération de compositeurs
guitaristes, à propos de création à Royaumont
: Dayer, né en 1972, en fait partie), non plus : réminiscences
d'avant-guerre berlinoise pour la forme,
de couleur ravélienne pour les timbres
Les quatre extraits
de Eclipse Sound (en création) du Belge Renaud
De Putter (né en 1967) nous jetaient au fond du puits
: que ce catalogue de procédés pianistiques empruntés
à Obouhov, Roslavets, Scriabine et autre Stanchinski, magnifiquement
joué, du reste, par Carine Zarifian, occupe de sa
seule médiocrité un tiers du concert laisse rêveur
De l'Autrichien Reinhard Fuchs, nous entendions Transkript
(2001) pour voix et ensemble, jouant assez brillamment sur les
chuchotements fragmentaires de Françoise Kubler, ici
complice du piano, en les magnifiant par une partie de percussion
contrastée.
De Jérôme Combier, Accroche Note donnait Petite
obscurité pour flûte, clarinette, guitare, alto
et violoncelle (2001) dans une articulation parfois ingrate. Souhaitons
au second volet de ces Samedis d'occasionner plus d'enthousiasme
: le 1er octobre à la même heure, l'Ensemble 2e2m présentera
les pièces de Stefan Van Eycken, Sebastian Rivas, Michel
van der Ae, Philipp Maintz, et l'on retrouvera Jérôme
Combier et Sébastien Béranger pour de nouvelles aventures
[le lecteur curieux et courageux pourra écouter la retransmission
de ces moments : le 18 novembre
à 15h, sur France Musique].
Bertrand Bolognesi
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