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l'Ensemble Apostrophe
MANCA
Théâtre Francis Gag, Nice
16 novembre 2006
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Ce soir, MANCA propose un nouveau rendez-vous avec Apostrophe.
C'est en 2002 que cet ensemble à géométrie
variable fut constitué - à
partir du double quintette (à cordes et à vents),
des percussions et du pia-
no -, réunissant des instrumentistes de l'Orchestre Philharmonique
de Nice dont Marco Guidarini prenait alors la direction.
Le but du chef italien était de jouer la musique contemporaine
d'une manière plus suivie et intégrée à
la programmation saisonnière de son orchestre, ce qui permit
à ses acteurs une fréquentation régulière
du répertoire du 20ème siècle et la création.
"J'ai repéré un noyau de musiciens intéressés
et, par un simple effet de rotation avec d'autres, j'arrive pour
chaque concert à former un ensemble cohérent. Nous
avons une saison au Musée Chagall. Apostrophe collabore avec
d'autres institutions et festivals, notamment Le Printemps des
Arts à Monte Carlo, le Festival de Radio France et Montpellier,
etc. Sa particularité est d'exister au sein même de
l'orchestre : il n'est pas indépendant ou déta-ché
; ainsi, ses membres peuvent s'engager dans une recherche différente
que celle de servir uniquement le répertoire habituel. Cela
dit, j'ai égale-ment tenté d'intégrer la musique
d'aujourd'hui, in extenso celle du 20ème siècle, dans
le cadre de la programmation saisonnière de l'orchestre pour
pousser les limites de son répertoire".
Nous reviendrons en fin d'article sur une conversation que nous
avions eu avec Marco Guidarini, il y a quelques mois déjà,
à propos de ce jeune ensemble. Car, pour l'heure, son fondateur
en confie la capitainerie
à Hélène Bouchez qui ouvre le concert
par une interprétation tonique, con-trastée et avantageusement
tendue d'Entrelacs de Yan Maresz (six instru-ments).
Nous découvrons ensuite Effet lisière écrit
en 2003 par Jean-Luc Hervé pour deux violons et électroniques
(production CIRM), qu'accom-pagnait un travail vidéastique
inspiré. Puis Philippe Serra donne trois
des Huit pièces pour quatre timbales d' Elliott
Carter.
"Ce sont des pièces de 1949 que le public apprécie
toujours, nous
confie-t-il. L'idéal aurait été de les jouer
au complet, afin de ne pas en limi-
ter l'approche à leur aspect de danses, sachant que celles
ajoutées en 1966 explorent plus les harmoniques des timbales,
les possibilités des pédales
et des différentes hauteurs de son, apportant une nouvelle
exploitation de l'instrument. Il est essentiel de les inscrire à
notre répertoire. Improvisation, Saëta
et Canaries rendent compte d'un certain contexte. Dans les
années quarante, il y avait beaucoup de concerts de percussions,
qu'il s'agisse de musique contemporaine ou du jazz qui explosait
à ce moment-là aux Etats-Unis ; Carter, qui était
alors très attaché à l'aspect rythmique, a
utilisé quatre timbales pour développer sa modulation
métrique, marquant les premier pas de son propre style d'accentuation,
de déplacement, etc. Cette sorte de suite de danse a le mérite
d'inviter l'interprète à respirer au-delà de
la parti-tion. Par exemple, s'il n'y a pas du tout de partie improvisée
dans Improvi-sation, l'énergie formidable du mouvement
ne laisse pas beaucoup de liberté ; en revanche, Saëta
est plus subtil : on peut l'investir d'imaginaire".
Il y a une dizaine d'années, Ivo Malec concevait Saturnalia
pour contrebas-se, une uvre dont la facture demeure étroitement
tributaire de certains
tics de la pratique électronique ; elle conclue cette
soirée.
Le pari amorcé et tenu par Marco Guidarini en créant
Apostrophe posait
la question de la possibilité, dans un orchestre qui tout
au long de l'année joue les opéras et la musique de
ballet à l'Opéra de Nice, ainsi que le grand répertoire
symphonique classique, de penser autrement la pratique musi-cale,
sachant bien que ce sont les mêmes instrumentistes qui assurent
en fosse les représentations du Ballo in maschera
(Verdi) et jouent une créa-tion de Philippe Leroux, par exemple.
"Voyez-vous, ce n'est pas évident d'essayer de changer
d'attitude, la musique en création nécessitant un
autre engagement et une certaine ouverture d'esprit. Dans l'imaginaire
collectif, Nice est avant tout une ville de loisirs ; c'est une
réalité, certes, mais qui ne doit pas réduire
la vie de cette ville qui change beaucoup, en ce moment,
y compris sur le plan artistique. Des intelligences s'y retrouvent
à nouveau sur des projets qui finissent par aboutir, une
nouvelle alchimie produit ici
des créatures intéressantes. Ce qui n'exclue en rien
le loisir, la musique de répertoire, tout ce qui est ancien
et qu'il est inimaginable de cesser d'étu-
dier et d'approfondir. En tant qu'italien, j'ai une culture théâtrale
(la musique d'opéra) et, par intérêt personnel
et ma formation, une culture symphonique, chambriste et contemporaine
; toutes ces choses peuvent parfaitement coexister. Plutôt
que de se nuire ou se court-circuiter, elles se nourrissent, s'enrichissent.
L'Orchestre Philharmonique de Nice est l'institution musicale la
plus importante de la région ; elle a une mission à
accomplir. Pourquoi ne pas jouer la musique contemporaine ? C'est
respecter le mélomane que de lui proposer des choses qui
l'amèneront à réfléchir différemment
ou plus. Aujourd'hui, on s'étonne de ce qui devrait être
normal, à savoir une pluralité éventuelle des
intérêts et des goûts musicaux. Personne n'est
scandalisé
si vous lisez un grand roman du 19ème siècle et juste
après le dernier Gon-court, n'est-ce pas ? Pourtant - et
c'est spécifique à la musique -, il reste pour beaucoup
inconcevable que vous aimiez tout à la fois le jazz et l'oratorio
baroque, par exemple. En tant que chef, c'est aussi un peu à
moi de décider si je ne veux diriger que la 3ème
Symphonie de Brahms toute l'année. Il y a cependant des
fenêtres à ouvrir. Nous vivons une époque imbécile
qui me fait dire des banalités, une époque où
coexistent une vitesse technologie dans laquelle le concept du temps
est révolu et les interrogations paradoxa-les des musiciens
sur le cours de leur art et de sa création. Ne trouvez-vous
pas cela étrange ? Je ne suis pas dupe, et je sais très
bien que la perspec-tive d'écoute d'un public moyen demeure
limitée, parce que liée à une offre de répertoire
qui l'est elle-même. Les gens ne vont pas aller dans la rue
manifester pour qu'on leur joue la musique qu'ils ne connaissent
pas. Aussi, une certaine pédagogie est présente dans
le simple fait de programmer la musique d'aujourd'hui dans la saison
plutôt qu'exclusivement dans un cadre exceptionnel comme peut
l'être le festival MANCA. Il ne s'agit pas de se dire
: bon, il y a MANCA, faisons deux semaines de musique contemporaine,
et l'on pourra retourner à Verdi, Beethoven, Donizetti, Mozart
et tutti quanti ! Ce serait autant stupide que malhonnête.
Dans un festival de musique contem-poraine, vous ne rencontrez que
les gens qui ont l'habitude d'écouter cette musique, de suivre
les compositeurs, les courants, des gens qui gravitent autour d'un
certain milieu. Il faut éclater cet aspect hermétique
et protégé de la création en jouant pendant
toute l'année cette musique qui, ne l'oublions pas, est celle
de notre temps, du temps que nous vivons, et qui nous con-erne bien
plus que l'ancienne que l'on croit comprendre et ressentir alors
qu'elle nécessite un véritable effort pour être
approchée correctement et
en toute connaissance de cause. La modernité devrait être
notre pain quotidien. On en est loin
".
Bertrand Bolognesi
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