© patricia dietzi
une nouvelle uvre de georges aperghis
Auditorium du Musée d'Orsay, Paris
27 mars 2008
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Délaissant le voisinage du Centre Pompidou, les informaticiens
de l'Ircam Sébastien Roux et Olivier Pasquet occupent,
ce soir, le sous-sol du Musée d'Orsay pour un concert largement
consacré à Georges Aperghis, en com-pagnie
de musiciens de l' Ensemble Alternance. Trio (1996),
la première uvre au programme, démarre par un
mouvement rageur comme un
chur scandé, avant de se poursuivre par une hésitation
énigmatique,
puis dans une impression d'ivresse polyphonique. Pas de demi-mesure,
ici : l'on y murmure (mélodies timides sur un ostinato
névrotique du piano
- Jean-Marie Cottet - et pleurs tranquilles du violoncelle)
ou l'on y vocifère. Certes, l'activité du compositeur
ne se limite pas à la sphère du théâtre
musical, mais attachons-nous à la clarinette de Dirk Descheemaeker
: quand elle ne livre pas des ricanements mal assurés qui
se racornissent en répétitions obsessionnelles, elle
se colore des fantaisies d'un bestiaire, et tour à tour,
cancane, hennit et gazouille...
Avec Rasch (1997-2004) donné par Pierre-Stéphane
Meugé et Pierre-Henri Xuereb, le son se fait volontiers
moelleux, comme si le saxophone et l'alto avaient été
choisis pour leur absence d'agressivité. Les émissions
natu-relles de chacun se masquent derrière une manière
particulière d'utiliser l'instrument. L'essence de la pièce,
livrée progressivement, maintient l'intérêt
du public.
La création Dans le mur se révèle encore
plus captivante et surprenante. Une dizaine de séquences
électroniques s'y succèdent, pétries de frag-ments
de la grande littérature du piano du XIXe siècle ;
"chacune est com-me un mur, explique le créateur,
sur lequel le soliste tente une intervention, réagissant
par des gestes qui tantôt agressent et nient la surface, tantôt
essayent d'en suivre la courbure". La course brouillé
du traitement addition-nel forme une sorte de continuo, comme
le halo d'une foule, où l'illusion du miroir transcende la
volonté de conscience du son direct, le regard sur soi, dans
une constellation qui, tout soudain, met en crise exponentielle
le reflet général : l'espace se refuse alors à
sa circonscription sonore en brisant le miroir ou en démultipliant
son reflet jusqu'à faire naître une myriade palpi-tante
qui paraît ne plus pouvoir se maîtriser. La densité
de l'évènement en devient terrible. Le cri et ses
échos (autre face possible du reflet) cicatrisent les suites
de ce paroxysme, soutenant une action plus simplement perçue.
La dramaturgie s'affirme, immergeant bientôt l'écoute
dans une dimension incroyablement vocale. Pour finir, une enivrante
section pianistique d'une grande frénésie est rompue
net, dans le mur.
Auparavant, on avait pu entendre la voix chaude et posée
du pianiste Nicolas Hodge dans Opus contra Naturam,
une partie de l'opéra Shadowtime, conçu en
2000 par Brian Ferneyhough autour de la mort du philosophe
Walter Benjamin [lire notre
chronique du 26 octobre 2004]. "Composée d'une
large partie centrale formée de fragments désordonnés
et bruyants, et encadrée par un introït lyrique et un
hymne processionnel final", cette pièce paraît
datée et sclérosée par la répétition
des traits. On s'y ennuie donc profondément.
Dernier compositeur au programme, Panayiotis Kokoras (né
en Grèce,
en 1974) voit l'interprète comme un sculpteur de sons plus
que comme un simple joueur. Conçue pour flûte amplifiée,
percussion, violoncelle - Jean-Luc Menet, Hélène
Colombotti, Gabriel Prynn - et dispositif électronique,
sa pièce Morphallaxis nous entraîne dans une
exploration où l'harmonie,
la mélodie, les intervalles et "les notes sont abandonnées
en faveur de complexes sonores changeants, oscillants et détonants".
Dans cet héritage énergique de Stockhausen et Romitelli,
il y a indéniablement un climat qui s'installe (surtout dans
quelques réminiscences sud-américaines ou viennoises),
mais le recours au son sale n'y tourne-t-il pas ici à
une sorte
de nouvel académisme ?
Laurent Bergnach
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