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Pour Samuel Beckett
Centre Pompidou, Paris
29 mars 2007
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Comme James Joyce en son temps, l'Irlandais Beckett a bousculé
les codes de l'expression littéraire. Pour le Centre Pompidou
(14 mars - 25 juin), célébrer aujourd'hui le centenaire
de sa naissance est l'occasion de faire découvrir la diversité
de sa prose, ses relations avec l'espace, le corps et la voix, mais
aussi de rappeler qu'outre les nombreux successeurs de Blin et Barrault,
des compositeurs se sont intéressés à un univers
long-temps associé à l'absurde ou à
l'existentialisme. Morton Feldman est le plus connu
de ceux-là, sans doute parce qu'il rencontra Beckett à
Berlin
en 1976 et qu'il s'ensuivit plusieurs uvres telles Words
and Music, créée
le 10 mars 1987, à New York. Le texte original (1962) portait
déjà en italique de nombreuses indications musicales,
concernant notamment l'intensité souhaitée. L'Américain
explique sa confrontation avec une langue qui hé- site, comme
si elle dégringolait d'un escalier : "J'ai donc essayé
d'élaborer la quintessence du matériau et de présenter
l'ensemble de manière plus fragmentaire. Ma musique a atteint
un point d'abstraction tel qu'il contient une ambiance et reste
identique, mais cette ambiance a quelque chose à voir avec
des images instrumentales. Il faut donc voir chaque élément
de manière séparée". Elèves
de Vitez, les comédiens Jean-Claude Leguay et Grégoire
Oestermann ne manquent pas de métier, mais on se demande
pourquoi le monde mélancolico-humoristique de l'écrivain
est systémati-quement abordé par des cinquantenaires,
pourquoi de jeunes talents ne viennent pas dynami(s/t)er une modernité
qui tourne à l'académisme, entretenu à coups
de trucs éculés et d'expressions attendues.
Si l'intervention du texte est moins geignarde sur l'uvre
de Jérôme Combier qui ouvre la soirée,
la déception y est équivalente. Création mon-diale
d'un petit quart d'heure, Noir gris se veut "un événement
artistique intégrant le texte d' Impromptu d'Ohio
qui puisse à la fois être donné dans une salle
d'exposition et à la fois jouée en concert".
Dans cette expérience de la forme et du temps, où
pizzicati et autre chocs du poing sur la table viennent briser l'élan
lyrique amorcée par la violoniste Hae-Sun Kang, l'altiste
Odile Auboin et le violoncelliste Eric-Maria Couturier,
les passages parlés et musicaux se succèdent assez
platement - manque-t-il le disposi-tif vidéo prévu
au projet ? - et peinent à nous passionner. C'est finalement
Quad, l'uvre In memoriam Gilles Deleuze de Pascal
Dusapin, qui consti-tue la bonne surprise, au cur du programme.
Créé il y a dix ans, presque jour pour jour (12 mars
1997), ce concertino pour violon permet de mettre en valeur
le jeu concentré de Jeanne-Marie Conquer, la direction
attentive de Susanna Mälkki à la tête de
l' Ensemble Intercontemporain.
Laurent Bergnach
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