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alaIn planès ©
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Schubertiades II
Auditorium, Dijon
23 janvier 2010
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Cette troisième journée des Schubertiades
bourguignonnes est
engagée, dès 10 heures du matin, par une conférence
de Guy Mertens intitulée Schubert et l'Humain, suivie
de Schubert et le jamais fini par Jacques Drillon, enfin
La réception de l'uvre de Schubert par Xavier
Hascher. Ces abords périphériques trouvèrent
dans la projection de Schubert in Sibirien, film imaginé
et réalisé par Klaus Voswinckel - auquel l'on doit
plusieurs monographies filmées de compositeurs (Jörg
Widmann, Matthias Pintscher, Giorgio Battistelli, etc.) - à
partir du périple transsibérien du baryton Thomas
Bauer [lire notre chronique de la veille]
et du pianiste Siegfried Mauser à la fois une conclusion
originale au Winterreise et une introduction non moins inattendue
aux quatre concerts du jour.
Sans que l'on puisse, à proprement parler, la qualifier
de moelleuse, la sonorité à la fois ronde et
délicatement dessinée qui caractérise le jeu
d'Alain Planès se garde de livrer les secrets de la
Sonate en la mineur
pour arpeggione et piano D 821, ici jouée au violoncelle
par Anne Gastinel, toujours aussi parfaitement précise
quant à la hauteur, propre quant aux attaques, bref : qui
ne souffre d'aucun des habituels défauts de ses confrè-
res, autrement dite techniquement irréprochable. Le premier
mouvement bénéficie d'un équilibre idéal
des forces, dans une lecture extrêmement retenue, tout sauf
lyrique. La qualité d'écoute entre les deux solistes
conduit un Adagio élégant sans futilité,
tout de même assez austère, il faut l'avouer. L'Allegretto
est fermement ciselé, lui aussi sévèrement
intériorisé, au point, peut-être, de pouvoir
paraître manquer de cette sorte particulière de géné-
rosité des musiciens, de plaisir, tout simplement.
C'est le complexe et ô combien génial Quintette
en ut majeur pour deux violoncelles et cordes D 956 Op.163 qui
conclue ce goûter, un quintette dont le relief d'écriture
est magnifiquement rendu par le violoncelle de François
Salque qui mène le jeu par l'épaisseur, la profondeur,
la tonicité, le grain et un vigoureux ambitus de nuances.
Les autres membres du Quatuor Orfeo répondent à
ce dynamique influx dans une vivacité volontiers contrastée,
livrant des échanges vibrant de vie. Et l'on se surprend
à penser alors qu'il n'en faut pas moins pour servir cette
uvre surprenante que l'auteur a su faire sortir du cadre chambriste,
véritable petite symphonie, à sa manière,
qu'une audace harmonique particulièrement inventive, voire
foisonnante, jonche de nombreuses embuches. On le sait : les derniers
mois vécus
par Schubert sont musicalement les plus féconds et
les mieux réussis, appréciation courante que ce quintette
laisse facilement vérifier. Tension
en veille et lumière glaciale colorent l'Adagio, bientôt
contrariées par la véhémence jouissive de la
partie centrale ; la fin du mouvement survient dans la désolation
des plaines humides peintes par Friedrich, des arbres nus, des ruines
aperçues dans le fade contrejour d'un marécage. Le
Scherzo fonctionne à l'envers : la danse, musclée
mais non farouche,
y est contrepointée par une plainte douloureuse, avant que
l'Allegretto
se joue, par les villages, de ces déambulations sylvestres
et climatiques,
dans cette inspiration toute simple reconnaissable qui fait la signature
du compositeur. L'interprétation s'achève dans l'humeur
annoncée, s'affirmant pleine d'esprit.
Rendez-vous avec Alain Planès à 20h, pour un programme
regroupant Impromptus et Klavierstücke. D'abord
l'Opus 90 avec un Allegro molto moderato à
la sonorité infiniment travaillée, colorée,
à l'inflexion éminem-ment poétique. A un Allegro
assez ursin succède un Andante mosso judicieusement
tourné vers Beethoven et Liszt - le passé et l'avenir.
Planès chante l'Allegretto où, dans la même
démarche, il laisse entendre Chopin
et Debussy. Suivent les quatre Impromtus D 935 dont, sous
ses doigts, le n°1 paraît à la fois construit
et inventif, parfois fantasque, même, traversé
de maints bouleversements intérieurs. Allegretto raffiné,
Andante tendre et frais et robuste Allegro scherzando
ne parviennent toutefois pas à masquer des dérapages
malencontreux. Tout le problème est là : l'inspiration
y est, dépassant cruellement une technique qui peine. Aussi
les Klavierstücke
D 946 scelleront-ils ce sentiment en certitude, des demi-teintes
et clairs-obscurs peu fréquents transmettant une imagination
sans pareille que
la matière empêche d'atteindre les sommets qu'elle
promet pourtant.
Comme hier, un Liederabend achemine l'auditeur vers la
nuit. Nous enten-dons les mélodies éparses qu'un éditeur
réunit sous le titre de Schwanen-gesang. Le Thuringeois
Stefan Genz offre une pâte vocale immédiatement
flatteuse, un chant séduisant à Die Tauperpost,
posé sur les accents attentifs du piano de Michel Dalberto,
partenaire avec lequel il se produit régulièrement
ici et là. Liebesbotschaft révèle cependant
un grave un peu faible et, plus gênant, des attaques pianissimo
systématiquement détim-brées - une façon
de faire observable durant tout ce récital. Au fur et à
mesure, l'interprétation paraîtra plutôt limitée,
voire chichiteuse, avec
des piano précarisés et des mezzo forte
ressemblant trop à des forte. L'intention musicale
et poétique intervient dans les procédés convoqués
comme sur le visage de l'artiste, mais reste au seuil de la voix,
n'entrant jamais dans le corps du chant lui-même, de sorte
que l'approche
demeure superficielle. Indéniablement, ces lieder sont bien
chantés,
certes, sans plus.
A demain !
Bertrand Bolognesi
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