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Une rareté d'André
Caplet
Festival de Pâques
Salle Élie de Brignac, Deauville
18 et 19 avril 2009
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Le jeune talent révélé par le Festival
de Pâques de Deauville
en cette soirée du 18 avril est un jeune talent déjà
ancien, mais que
l'on redécouvre encore et toujours aujourd'hui. Il s'agit
d'André Caplet
(1878-1925).
En 1903, le jeune André Caplet (il a vingt-cinq ans), tout
juste rentré de
la Villa Médicis, est contacté par une riche américaine
d'origine française, Élise Hall. Cette dernière,
mélomane et mécène, s'intéresse tout
particu-lièrement au saxophone, instrument alors délaissé
par la plupart des compositeurs. Le jazz n'ayant pas encore vu effectivement
le jour, l'instru-
ment est même menacé d'extinction et Élise Hall
est bien décidée à le sauver. Elle passe donc
commande de quelques uvres de chambre
où le saxophone pourrait à loisir montrer ses qualités
musicales.
Caplet s'exécute avec Légende, la première
d'une série qui comptera
des poèmes symphoniques et des uvres concertantes.
On y entend le saxophone aux prises avec un ensemble de vents (hautbois,
clarinette, basson) et un quintette à cordes. Si la figure
tutélaire de Claude Debussy est omniprésente d'un
bout à l'autre de la pièce, on ne peut qu'admirer
les talents d'orchestrateur de Caplet : il y fait preuve d'un doigté
admirable que l'on pourrait aujourd'hui qualifier rétrospectivement
de spectral. La construction des accords et les mariages de timbre
sont d'une délicatesse et d'une subtilité exquise.
Les possibilités acoustiques du saxophone n'y sont certes
que timidement exploitées (gardons toutefois à l'esprit
que
cette remarque n'est valable que pour une oreille moderne, habituée
aux sonorités du jazz), mais Caplet n'en a pas moins su l'intégrer
harmonieu-
sement au reste du groupe. Le sax devient même le héros
de cette
Légende qui semble réellement nous raconter
quelque aventure
pastorale et intemporelle.
C'est probablement aujourd'hui la quatrième ou cinquième
fois que la partition est jouée : sans doute créée
en 1903 et 1904, successivement
en France puis aux Etats-Unis, elle s'égare ensuite et on
perd sa trace pendant plus de soixante-dix ans. Ce n'est qu'en 1988
qu'on l'a enfin retrouvée, au beau milieu d'une pile de partitions
pour harpe, et qu'on
a pu la faire entendre à nouveau. Sa nomenclature pour le
moins inhabituelle en fait toutefois une partition difficile à
monter.
C'est pour nous l'occasion d'entendre un musicien trop rare, lui
aussi,
du moins dans les concerts de musique de chambre : Richard Ducros.
Saxophoniste, il a choisi de s'orienter, non vers le jazz, mais
vers la
musique occidentale de tradition écrite, au sein de laquelle
il défend
un répertoire pour sax par trop méconnu, de Berlioz
à Debussy (qui lui
a composé une rhapsodie) et Milhaud, en passant par des noms
plus obscurs, comme Rudy Wiedoeft - virtuose des années 1920-30,
qui
aurait fait découvrir le saxophone à Gershwin -, sans
oublier le contemporain.
Le reste du week-end, avouons-le, sera sans grande surprise. Le
violon franco-belge sera à l'honneur, avec Renaud Capuçon
et Jérôme Ducros (qui, au passage, n'a aucun
rapport avec le saxophoniste précédent), tour
à tour brillants et propres dans la Sonate pour violon
et piano de Guillaume Lekeu, puis comme deux poissons
dans l'eau dans le fameux Concert
de Chausson - où ils bénéficieront de
l'admirable accompagnement du Quatuor Ardeo [voir notre
chronique du 17 avril]. Le lendemain s'articulera autour de
la figure tutélaire de Brahms. On en retiendra surtout
le Quintette avec piano en fa mineur Op.34, énergique
et habité, où les caractères d'Ayako Tanaka
(1er violon) et de Lise Berthaud (alto) se conjugueront
à merveille et feront office de catalyseur aux talents de
Pauline Fristch
(au 2ème violon), François Salque (violoncelle) et
Bertrand Chamayou (piano).
Jérémie Szpirglas
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