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Les Musicales de Colmar
Les Musicales de Colmar
Théâtre Municipal, Colmar
21 mai 2009
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Faire une programmation cohérente n'est pas une mince affaire
- si on veut, au surplus, qu'elle serve un discours un tant soit
peu pédagogique et ne laisse pas l'impression laborieuse
d'une démonstration univoque, c'est encore plus difficile.
C'est pourtant indéniablement le cas de cette livraison 2009
des Musicales de Colmar - qui, s'en en avoir l'air, en sont à
leur 57ème édition
Depuis 2004 en effet, ce
festival à taille humaine vit
une seconde jeunesse grâce aux bons soins de Marc Coppey
- on ne devrait plus avoir à présenter ce violoncelliste,
qui allie dans son jeu finesse cérébrale et expressivité
nerveuse et incisive. Ses qualités de musicien hors pair
- qui en font un chambriste très apprécié de
ses partenaires - se doublent dans ses programmations d'un doigté
qui confine au talent.
Chaque année, Marc Coppey consacre son festival à
un thème
particulier, qui peut aller de l'exploration monographique intensive
(Beethoven, en 2005) à la recherche d'un esprit musical élusif
dont tout le monde parle mais que personne ne parvient à
définir (l'âme slave en 2008). Cette année,
la discussion s'articule autour de la frontière franco-allemande
- un sujet qui peut paraître à la fois fort à
propos dans cette petite ville d'Alsace et complètement artificiel,
mais qui, traité comme le fait Marc Coppey et exposé
avec un sens inimitable de la pédagogie par Jean-Pierre Derrien
qui présente tous les concerts, s'avère d'une grande
richesse. Bien avant de symboliser une opposition belliqueuse, cette
frontière s'est tou-jours distinguée par son extrême
perméabilité - notamment culturelle -, dans les deux
sens. Les deux imaginaires artistiques - et musicaux - sont en constante
correspondance, même en musique de chambre, pourtant longuement
considérée comme l'apanage des compositeurs outre-Rhin.
Les deux concerts de la journée du samedi 22 mai montrent
bien ces flux constants d'idées. Celui de l'après
midi nous donne à entendre le spectacle d'une musique de
chambre en recherche d'elle-même. D'abord avec la Sonate
pour piano et violon K 304 de Mozart. Sonate "parisienne",
car composée après son passage à Paris et rendant
hommage par sa forme en deux mouvements (Allegro et Tempo
di Menuetto) à la sonate française, cette partition
représente un moment clef de l'évolution du genre,
de la sona-te pour clavier avec accompagnement de violon vers la
sonate pour violon
et piano que Mozart consacrera quelques opus plus tard - une évolution
démontée et analysée avec beaucoup de tact
et de candeur par le violoniste Ilya Gringolts et le pianiste
Peter Laul. Vient ensuite le Concert d'Ernest Chausson,
interprété par le toujours superbe Tedi Papavrami
au violon, Finghin Collins au piano et le Quatuor
Ébène. Réaffirmation de l'identité
de la musique de chambre française face à la domination
allemande à la suite de Schumann et de Brahms, ce Concert
est, dans l'esprit de son auteur, une tentative d'ouverture
et d'innovation qui ne cache toutefois ni son héritage franckien
ni ses influences wagnériennes.
Tout en poursuivant la démonstration de l'après midi
- avec une interprétation enthousiaste du Quatuor n°12
de Beethoven par les Ébène -, la soirée
est consacrée d'une part à la mélodie - avec
la mise en parallèle ambitieuse des Chansons Madécasses,
cycle audacieux et engagé de Ravel, et des Wesendonck
Lieder, cycle ô combien romantique (et nombri-liste) de
Wagner, interprétés tous deux par la soprano
Mireille Delunsch - et à la création. Marc
Coppey, fervent défenseur de la musique contemporaine (comme
le prouve sans conteste sa discographie et son tableau de chasse
de créations), passe chaque année commande pour son
festival. Cette année, c'est au tour du français Marc
Monnet de nous livrer son Trio n°2 avec piano. Composant
six mouvements aux caractères parfaitement définis,
Monnet développe une large structure en arche, faite d'une
alter-nance de gestes puissants et répétitifs, qui
s'amortissent comme par écho dans une scansion harmonique
lancinante, et d'un tissu rythmique ultra violent qui peut par instant
rappeler les travaux pour piano mécanique de Nancarrow. Une
uvre ardue, qui allie introspection, spontanéité
et intelligence - bref, de la musique de chambre.
Jérémie Szpirglas
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