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quatuor arditti © dr
Birtwistle et la poésie
de Celan
2ème Biennale Quatuors à cordes
Cité de la Musique, Paris
8 novembre 2005
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En 1989, le compositeur britannique Harrison Birtwistle
lisait dans
une revue un poème de Paul Celan dans une traduction anglaise.
Il l'utilise musicalement, sans imaginer que cette rencontre est
le début d'une longue histoire, puisqu'en sept ans, White
an Light, d'abord enrichi de Night puis de Tenebrae,
s'étendit peu à peu à 3 Settings of Celan,
puis à 6 Settings of Celan, et enfin à 9
Settings of Celan, formant avec les 9 Movements for String
Quartet un vaste ensemble entrecroisé : Pulse Shadows
pour soprano, quatuor à cordes et petit ensemble (clarinette
en la, clarinette
en si bémol, violoncelle, alto et contrebasse). Si, après
que Celan se soit jeté d'un pont parisien, son uvre
fut publiée sous forme de recueils, c'était uniquement
pour solutionner un souci pratique des éditeurs. Aussi, l'aspect
disparate de l'assemblage que présente l'uvre de Birtwistle
pourrait-il bien correspondre plus intimement à la logique
des livraisons aléatoires bien connues des proches du poète.
De même l'étalement dans le temps de la composition
de ces Méditations rend-elle compte à sa manière
de
la perpétuelle évolution de l'écriture de Celan.
Ce soir, les membres du Quatuor Arditti ouvrent une sombre
bacchanale d'un peu plus d'une heure qui promène le public
dans les redondances obsessionnelles d'une poésie bouleversante
de nudité. L'échevelée et fulgurante Fantasia
I s'étiole, laissant se superposer à ses essoufflements
la contrebasse qui introduit Thread suns, et enfin les quatre
autres solistes de l' Ensemble Intercontemporain qui accompagnent
le timbre égal de Laura Aikin, usant d'un aigu lumineux.
Après un court ostinato,
les quartettistes enchaînent Frieze I qui surprend
par la brutalité de son discours, comme en révolte
face au relatif lyrisme de la section chantée. Avec White
and Light, on retrouve cette marque de fabrique britannique
commune, dans des esthétiques diverses, à Britten,
Benjamin, Knussen, Adès et Birtwistle, à savoir une
écriture extrêmement raffinée des timbres. Le
suspend instrumental de la strophe centrale creuse comme un désert
soulignant le texte de son aridité, menant à une fin
quasiment fragmentaire, sur une sorte d'errance, une hésitation
désolée qui finit par s'épuiser,
et que prend à son compte le quatuor de Fantasia III.
Plus proclamé que chanté, Psalm révèle
un autre aspect du verbe
de Celan dans l'intimité duquel la voix de Laura Aikin nous
fait pénétrer.
Le bref Frieze II conjugue une demi-teinte subtile, avant
que les musiciens de l'EIC s'essayent à des imitations qu'on
pourrait dire sournoises dans le tissu de With Letter
and Clock - par exemple : l'ample vibrato de contrebas-se
se superpose à une oscillation insidieuse de clarinette,
brouillant l'iden-tification des timbres. Sur un lent mezzo piano
ténu, le soprano énonce ses énigmes avec une
expressivité libérée. Bondissant et obsessionnel,
Frieze II se fait le prélude plein de relief de An
Eye, Open où l'ensemble instru-mental, là encore
mezzo piano, oppose des mises en exergue plus ou moins criantes,
comme dans la mélodie précédente, un principe
de contrastes auquel obéit également la Fantasia
IV.
En intercalant un chant en anglais au texte parlé en allemand,
Todtnauberg obtient un dédoublement de la narration,
souligné par la dissociation momentanée de la contrebasse
qui vient accentuer, ponctuer, le flux des clarinettes ; en fait,
la contrebasse fait ici office de voix parlée de la partie
instrumentale. De même les clarinettes se font-elles le relais
des parties chantées, le compositeur tirant avantage de leur
volubilité naturelle. Antépénultième
intervention du quatuor, Frieze III, particulièrement
dévelop-pé, démultiplie des motifs perpétuels
jusqu'à former une trame complexe jouant sur la diversité
des attaques. L'alto de Christophe Desjardins devient alors
le personnage principal de Tenebrae qu'il introduit dans
un redouta-ble motif ascendant de doubles cordes. La fébrilité
fuyante de la Fantasia V se trouve transcendée elle
aussi par le lyrisme de l'alto ; l'exigence d'un extrême raffinement
de la nuance, sur toute une série d'attaques pianissimo
à peine colorées et d'harmoniques flûtées,
est ici comblée par une réalisa-tion tout simplement
somptueuse. Might maintient l'écoute dans un systè-
me de suspension vocale sur un jeu de protagonistes timbriques.
En fin de parcours mélodique, un discret fondu laisse Todesfuge-Frieze
IV se glisser, l'énonciation comme perlée de Give
the World se ménageant pour finir de rares phrases chantées,
dont l'impressionnant crescendo sonorisé sur le mot
light dont l'écho continue de sonner comme une inquiétude
désespérante. Situé juste après L'Art
de la fugue dans la pro-grammation de la 2ème Biennale
Quatuors à cordes, ce tant éprouvant
que fort beau concert sera suivi par Les sept dernières
paroles du
Christ en Croix de Haydn, concluant demain la manifestation.
Bertrand Bolognesi
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