le pianiste reto staub © astrid karger

péter eötvös : hier + demain = aujourd'hui

Aspects des musiques d'aujourd'hui
Conservatoire de Caen
20, 21 et 22 mars 2009


Si les œuvres pour grands effectifs de Péter Eötvos sont absentes du
beau portrait que lui consacre le festival Aspects des musiques d'aujour-d'hui à Caen, parce qu'elles exigent d'autres moyens de réalisation que ceux dont il dispose, tout simplement, sa musique de chambre est large-
ment de la fête. Dimanche après-midi, le bel hommage du compositeur hongrois à Luciano Berio, Erdenklavier-Himmelklavier n°2 (2003/2006)
fut donné comme une sorte de chorale recueilli par Fanny Pellerin au
piano, ainsi que l'énigmatique Un taxi l'attend mais Tchekhov préfère
aller à pied
(2004). Christophe Beau livra une interprétation délicate des Two poems to Polly pour violoncelliste parlant (1998), d'une voix cepen-
dant un rien confidentielle. Psy, dans sa version pour flûte, alto et harpe
- Yvon Quénéa, Henri-Jacques Béguin et Pascale Zanlonghi - évoqua,
par le jeu du paradoxe qui l'induit, le grand orchestre - Psychocosmos
[lire notre écoute de CD].

La créativité d'Eötvös sait regarder, écouter, prendre appui et soutenir. Visitant son propre travail : le musicien livrait Natasha, il y a trois ans,
à partir de son opéra Trois sœurs. Le soprano Allison Bell s'engageait samedi après-midi dans une interprétation voluptueusement contrastée
de cette page, aux côtés de Yuko Fukumae à la clarinette, de Maiko Matsuoka au violon et de Reto Staub au piano, instrumentistes de l'ensemble Linea.

Visitant un passé criant de modernité : "Pour célébrer le cent-vingt-cinquième anniversaire de la naissance de Béla Bartók, j'ai composé
un concerto pour piano dans lequel j'ai développé quelques-unes de ses idées et façons de penser. J'ai mis en pratique sa prédilection pour une interprétation parallèle des octaves, des sixtes ou d'autres intervalles
que l'on trouve dans ses concertos pour piano. Mon concerto pour piano acoustique et digital
Cap-ko [créé par Pierre-Laurent Aimard à Munich
le 26 janvier 2006 (ndr)] intègre une technologie futuriste qui permet, via
un ordinateur, de créer et d'ajouter des intervalles en parallèle aux notes jouées par le soliste. Basé sur ce concerto initial, j'ai développé deux
autres versions de la pièce.
Sonata per sei est écrite pour une formation
de musique de chambre constituée de deux pianos, un sampler-synthéti-seur et trois percussionnistes"
. De fait, la tonicité de cette œuvre de 2006 (créée au Festival Bartók de Szombathely), la couleur et le muscle qui la caractérisent sont bien ceux de la Sonate pour deux pianos et percus-
sions de 1938
- une œuvre qui appellerait une extension deux ans plus
tard (Concerto pour deux pianos et percussion) -, rencontrant cette fois
une aura nouvelle, sorte de bris de verre prolongé qui s'étale, inépuisable. Olivier Maurel, Guillaume Guéguan et Ewelyna Kulakowska en étaient
les interprètes avisés aux percussions, avec Elmar Schrammel au syn-
thétiseur, les parties de pianos bénéficiant de la précision de Reto Staub
et de Maxime Springer. Ce concert était introduit par Cadenza, une page pour flûte seule dans laquelle Eötvös a su concentrer non seulement le
dire concertant de la flûte et de la clarinette de son Shadows de 1996
[lire notre écoute de CD]], mais aussi le climat exploré par l'ensemble
qui les y accompagnait. C'est donc six minutes d'une extrême intensité
que transmettait Mario Caroli, en un rituel discret et densément recueilli.

Enfin, visitant l'avenir : les programmes imaginés par Péter Eötvös ména-geaient une place à la jeune génération, par le concert donné dimanche matin par l'ensemble Accroche Note. Nous y entendions les œuvres des trentenaires Márton Illés - Scene Polidimensionali X. "Vonalterek" (2005) -, Balázs Horváth - Quintette pour trois instrumentistes (200) -, Vykintas Baltakas - Pasaka (1995-97) - et Dai Fujikura - Brocken Shackles (2001).

Bertrand Bolognesi