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elliott carter : 2ème
chapitre
aspects des musiques d'aujourd'hui
Conservatoire de Caen
19 mars 2005
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Peut-être plus que celui d'aucun autre, le style d' Elliott
Carter subit de véritables métamorphoses. Comme
celui du concert de la veille, le pro-gramme de cette seconde journée
de festival saura en rendre compte. À commencer par le récital
que la soprano Lucy Shelton offrait à 16h. Cette artiste,
qui participe activement à la création en prêtant
sa voix à de nom-breux compositeurs tout en servant un vaste
répertoire, connaît bien l'u-
vre de Carter qu'elle a souvent interprétée. Elle
présentait une première manière de concevoir
la mélodie, avec The Rose Familly et le bref Dust
of Snow sur des poèmes de Robert Frost, écrits
en 1942, et Voyage de 1943 (texte de Robert Crane). Ici,
le public put percevoir l'influence de
l'école française, épousant l'héritage
américain (principalement Ives). La voix jalonne tout le
parcours cartérien, avec quelques pages dès 1938,
les grands cycles comme A Mirror on Which to Dwell (1975),
Syringa (1978),
In Sleep, in Thunder (1981) entendu hier, et jusqu'à
l'opéra What's next ? (1999). Afin de mieux révéler
la situation de cette musique, le récital se poursuivait
avec cinq mélodies de Gabriel Fauré dans lesquelles
la chan-teuse n'a pas toujours été à son avantage.
En revanche, celles de Charles Ives ont ensuite bénéficié
d'une interprétation passionnante, traversant un choix très
diversifié de songs. On put ici apprécier les
talents de diseuse
de Lucy Shelton, sa facilité à captiver l'attention,
à évoquer des univers contrastés, à
l'exquise limite du théâtre, parfois. La pianiste Florence
Millet qui soutenait le chant d'un accompagnement tant précis
que sensi-ble donnait ensuite Two Diversions pour piano solo,
écrites en 1999, affir-mant un jeu d'une grande clarté.
Enfin, les deux musiciennes se retrou-vaient dans le cycle Of
Challenge and of Love, que Carter écrivit il y a une
dizaine d'années, et par conséquent d'une toute autre
facture que les première mélodies. Après cette
lecture nuancée et pleine d'esprit,
elles livrèrent généreusement deux bis.
Obéissant au même souci de cohérence, le menu
de la soirée était
ouvert par la Sonate pour violoncelle et piano de 1948 avec
laquelle Carter confronte Schönberg mélodiste au rythmique
Stravinsky. Malencontreuse-ment, l'interprétation peu nuancée
et parfois brutale d'Olivier Peyrebrune
au piano n'a guère permis d'apprécier le travail de
Raphaël Chrétien au violoncelle. Des Huit
pièces pour quatre timbales, nous entendions Improvisation,
Saeta, Canaries et March, très précisément
servies par
la maestria de Yvon Robillard, faisant sonner tout le travail
sur le son, la métrique, tout en rendant compte du regard
qu'elles portent sur l'histoire
de cet instrument. Quant au Schönberg qui put féconder
la partie de violon-celle de la Sonate, c'est Julien Le
Prado qui le présenta, avec un Opus 23 finement
nuancé, portant le chant jusqu'à l'évidence,
nous rappelant que
le compositeur poursuivait à sa manière une longue
tradition allemande, depuis Bach. Pour finir, Jean-Louis Basset
dirigeait Triple Duo pour six musiciens - Yvon Quénéa
à la flûte, Sylvie Manautines à la clarinette,
Guillaume Cubéro au violon, Alexis Descharmes
au violoncelle, le per-cussionniste entendu juste avant, et Marie-Pascale
Talbot au piano -, une uvre réalisée en
1983, presque toujours tendue, exigeante et éprouvante pour
les instrumentistes auxquels elle n'accorde qu'un bref Lento
central dans une succession infernale de tempi vifs. L'interprétation
d'aujourd'hui s'avérait très contrastée, violente,
pourrait-on dire, tout en livrant avec beaucoup de soin certains
équilibres difficiles.
Bertrand Bolognesi
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