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© michele crosera
romances et mélodies
françaises
Le salon romantique
Palazzetto Bru Zane, Venise
21 février 2010
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Si les activités du Centre de musique romantique française
affirment
leur rayonnement à travers de nombreuses coproductions dont
témoigne aisément le paysage musical de l'hexagone,
avec la reprise du concert
de quatuors à cordes, hier après-midi, dans un salon
du fastueux palais Montanari de Vicence, c'est également
avec les institutions italiennes
que le Palazzetto Bru Zane entend développer des partenariats
réguliers.
Aussi son équipe y travaille-t-elle passionnément,
dans une efficacité et
un enthousiasme mêlée d'une bonne humeur des plus communicatives.
Retour à Venise, pour un programme de romances et de mélodies,
de
ces uvrettes - entendre pièces
brèves, rien de dépréciatif - tout exprès
conçues en leur temps pour être données dans
les salons, le dimanche après-midi. On n'aurait su mieux
faire
Aujourd'hui, le soleil s'est montré, l'aqua
n'est plus alta ; la remarque dépasse l'anecdote lorsqu'on
aura observé que les vers chantés là, pour
rêver un peu, garde fermement
les pieds en terre (pour ne pas dire dans l'eau).
D'emblé, disons-le : il faut absolument se rendre à
l'Opéra Comique
(Paris) pour goûter la reprise du programme de ce récital
(les 26 février,
2 et 4 mars, à 13h), tant il est certain qu'il y sera dispensé
un plaisir sans ombrage. Il n'est pourtant pas si facile de raconter
en quelques strophes accompagnées d'un piano une histoire
qui ne lasse pas, quelque en soit
le thème. Isabelle Druet s'y entend à merveille,
autant dans les pages
de musiciens attendus que dans celles d'auteurs oubliés.
A ses côtés, Stéphane Jamin plante le
décor, peaufine les toiles peintes, éclaire l'imaginaire
musical.
Gounod, d'abord, avec cinq pièces alternant judicieusement
les caractères. Venise, bien sûr, l'Où
voulez-vous aller ? de Gauthier qui inspira également
Berlioz, Absence et sa tendresse douloureuse, le plus prévisible
Ô ma belle rebelle et Boléro dans lequel
le mezzo-soprano fait sa Carmencita. Pédalisant intelligemment,
le pianiste n'hésite pas à colorer cette musique plus
qu'on s'y attendrait, posant précisément les climats
avec la complicité d'une chanteuse à la présence
immédiatement prégnante. Chaudement timbrée,
cuivrée dans l'aigu, avantageusement impactée sur
toute la tessiture, cette voix, fort agile dans les ornements et
vocalises, nuance
son chant qu'elle soumet à une diction exemplaire, une accentuation
soigneusement choisie du texte, conséquence bénéfique
de la pratique baroque de l'artiste.
Bizet, aussi, avec Les adieux de l'hôtesse arabe,
plus directement théâtral,
y compris dans l'accompagnement, délicatement assujetti à
la prosodie. Saint-Saëns, bien sûr, avec L'attente,
donnée dans une urgence haletante, et Plainte, désertique,
qui succèdent à une interprétation vigoureuse
de l'Allegro Op.70 au clavier, dans un jeu gentiment ciselé.
Enfin, Rossini, grand Lutécien d'Italie, si l'on peut
dire, et sa drôle de triste Orpheline
du Tyrol qui invente un sympathique bel canto yodleur
! Voilà pour les célébrissimes.
Connaissez-vous Béranger, Beauplan et Berton ? Compositeur
et violo-niste, issu d'une famille de musiciens, le Parisien Henri
Montan Berton (1767-1844) fut élève de Sacchini,
tout en ouvrant grandes ses oreilles à
la musique de Paisiello. Les Promesses de mariage, son premier
opéra
(du genre comique), fut donné pour ses vingt ans.
Quatre autres ouvrages lyriques gagneront la Comédie-Italienne
durant les trois années suivantes ; c'est dire son succès.
Il serait avant tout un musicien de théâtre, comme
le confirment à la fois ses nombreux opéras et les
responsabilités qui lui furent confiées. C'est une
romance larmoyante que nous découvrons de
lui, cet après-midi : Les adieux de Jane Gray.
Si Amédée de Beauplan (1790-1853) sacrifie
au même genre avec J'ai peur, il fait florès
dans une veine plus légère. Ainsi de Savoir attendre,
contant la hargne amoureuse d'une gamine et les sages conseils d'une
grand'mère à l'ancienne mode, personnages qu'Isabelle
Druet construit vocalement par des riens délicieux, tout
en intervenant en direct (je veux
dire avec sa voix) en narratrice. Le bonhomme, pourtant, n'a pas
com-mencé sa vie par des rires, avec un papa mangé
par la machine de Guillotin
Et c'est avec une truculente romance, Les Cinq Etages,
que s'achève cette heure de chant. Pierre-Jean de Béranger
(1780-1857), chansonnier alors populaire, poète pamphlétaire
dont on connaît encore Le Roi d'Yvetot, Le petit
homme gris, La cocarde blanche et Le Marquis de Carabas,
pourrait bien faire figure d'ancêtre de la chanson réaliste.
Les aventures d'une habile coquette et sa grimpée dans l'échelle
sociale jusqu'à la triste intouchabilité concluent
par le rire un récital à ne pas manquer.
Bertrand Bolognesi
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