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Quatuors avec piano de Brahms
Grand-Théâtre, Bordeaux
10 novembre 2007
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Les premières notes auront suffi à donner le ton
de ce récital autour des Quatuors n°1 et n°2
avec piano de Johannes Brahms. Renaud Capuçon,
Gérard Caussé, Gautier Capuçon
et Nicholas Angelich en ont livré une interprétation
impeccable, passionnée et flamboyante.
Le feu d'artifice commence dès le Quatuor n°1
où l'on apprécie la maestria et la mise en place des
musiciens. Les premières mesures plongent le public dans
la dramatique ambiance fantastique du compositeur allemand. Cette
oeuvre de 1861 est construite sur le développement d'idées
musica-les par le biais des modulations. Schönberg l'orchestrera
en 1937 sous le titre La 5e de Brahms. Dans l' Intermezzo,
la musique change de visage.
Le chant s'élève avec pureté ; on est comme
en apesanteur. Il y a quelque chose d'aérien, de léger
et de rêveur dans les pizz' où le piano imite
le violoncelle. On observe un sens affiné de la forme, avec
l'utilisation d'un matériau thématique réduit
à presque rien. L'Andante con moto est plein
de grâce et de nostalgie. D'un jeu puissant et doux, Renaud
Capuçon con-duit avec précision ses camarades. Le
dernier mouvement - Rondo alla Zingarese - donne à
entendre des accents qui se répondent à chaque pupitre.
La musique tzigane y est évoquée avec une grande liberté.
Cette interprétation révèle une analyse fouillée
et un travail approfondi. Chaque instrumentiste porte sa pierre
à l'édifice d'une exécution soignée
et impeccable. Une belle fluidité se dégage du discours,
également des intentions communes, par exemple lorsque les
lignes mélodiques se complètent d'une voix à
l'autre. Chaque accent et chaque silence se
jouent.
Dans le Quatuor n°2, plus tributaires des formes classiques,
l'esthétique
du compositeur reste profondément marquée par la nostalgie
de l'épo-
que romantique et pourtant incroyablement originale, avec des couleurs
musicales étonnantes, des mélodies inventives de grande
ampleur. Le sommet est atteint avec le second mouvement - Poco
Adagio -, exemple d'équilibre entre les instruments,
de grâce et d'intensité réunies. Il y a quelque
chose de confortable dans la sonorité. La mélodie
est souvent construite sur de petits motifs qui se répètent.
Mais le discours, parfois tendu, avec un langage tonal corrosif
et pimenté, prend un sens différent
à chaque apparition. L'interprétation variée
du quatuor met en valeur une réexposition formelle qui n'est
jamais simple redite. Les musiciens interprètent cette musique
avec une facilité déconcertante. Le public en
a pris plein les oreilles. De Brahms, Renaud Capuçon a récemment
dit : "Sans être joyeuse, sa musique remplit de bonheur".
Laure Dautriche
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