brahms en 1853 © dr

Quatuors avec piano de Brahms

Grand-Théâtre, Bordeaux
10 novembre 2007

Les premières notes auront suffi à donner le ton de ce récital autour des Quatuors n°1 et n°2 avec piano de Johannes Brahms. Renaud Capuçon, Gérard Caussé, Gautier Capuçon et Nicholas Angelich en ont livré une interprétation impeccable, passionnée et flamboyante.

Le feu d'artifice commence dès le Quatuor n°1 où l'on apprécie la maestria et la mise en place des musiciens. Les premières mesures plongent le public dans la dramatique ambiance fantastique du compositeur allemand. Cette oeuvre de 1861 est construite sur le développement d'idées musica-les par le biais des modulations. Schönberg l'orchestrera en 1937 sous le titre La 5e de Brahms. Dans l' Intermezzo, la musique change de visage.
Le chant s'élève avec pureté ; on est comme en apesanteur. Il y a quelque chose d'aérien, de léger et de rêveur dans les pizz' où le piano imite le violoncelle. On observe un sens affiné de la forme, avec l'utilisation d'un matériau thématique réduit à presque rien. L'Andante con moto est plein
de grâce et de nostalgie. D'un jeu puissant et doux, Renaud Capuçon con-duit avec précision ses camarades. Le dernier mouvement - Rondo alla Zingarese - donne à entendre des accents qui se répondent à chaque pupitre. La musique tzigane y est évoquée avec une grande liberté.

Cette interprétation révèle une analyse fouillée et un travail approfondi. Chaque instrumentiste porte sa pierre à l'édifice d'une exécution soignée
et impeccable. Une belle fluidité se dégage du discours, également des intentions communes, par exemple lorsque les lignes mélodiques se complètent d'une voix à l'autre. Chaque accent et chaque silence se
jouent.

Dans le Quatuor n°2, plus tributaires des formes classiques, l'esthétique
du compositeur reste profondément marquée par la nostalgie de l'épo-
que romantique et pourtant incroyablement originale, avec des couleurs musicales étonnantes, des mélodies inventives de grande ampleur. Le sommet est atteint avec le second mouvement - Poco Adagio -, exemple d'équilibre entre les instruments, de grâce et d'intensité réunies. Il y a quelque chose de confortable dans la sonorité. La mélodie est souvent construite sur de petits motifs qui se répètent. Mais le discours, parfois tendu, avec un langage tonal corrosif et pimenté, prend un sens différent
à chaque apparition. L'interprétation variée du quatuor met en valeur une réexposition formelle qui n'est jamais simple redite. Les musiciens interprètent cette musique avec une facilité déconcertante. Le public en
a pris plein les oreilles. De Brahms, Renaud Capuçon a récemment
dit : "Sans être joyeuse, sa musique remplit de bonheur".

Laure Dautriche