l'air d'autres planètes : Concert
de clôture
Festival Agora
Centre Pompidou, Paris
19 juin 2009
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Après ses diverses bifurcations, AGORA se recentre,
pour son dernier concert, sur le cur musical et scientifique
de son projet. Une retour symbolique puisque c'est l'occasion de
donner un coup de projecteur sur
la manière dont l'électronique a pu influer sur l'écriture
du quatuor à cordes - une formation qui, malgré tous
les bouleversements de la musique contemporaine, n'a pas perdu le
statut de laboratoire qu'elle avait déjà
chez Beethoven, Schubert, Bartók et bien d'autres.
À la pointe de ce combat, quelques ensemble de renom, mais
aucun
qui ait un actif aussi impressionnant que le Quatuor Arditti,
fondé il y a trente-cinq ans par Irvine Arditti. Cette ultra
spécialisation de l'ensemble - aubaine pour tous les compositeurs,
musiciens et aficionados de musique contemporaine - a toute fois
ses travers. Le principal d'entre eux est juste-ment l'impact que
ce travail extrémiste d'avant-garde - qui implique micro-intervalles,
attaques et prises de son inouïes, souvent contraire au beau
son du classique, rythmiques aléatoires et bien d'autres
choses encore
- a sur la technique traditionnelle du jeu de quatuor. Concentré
sur ses créations, l'ensemble a bien du mal à interpréter
le reste du répertoire.
Ainsi, lorsque, après avoir créé Erinnerung
de Denis Cohen, uvre habile, mais péchant par
des longueurs et une écriture excessivement contrôlée,
les Arditti s'attaquent au monument qu'est le Quatuor op.10 n°2
de Schönberg, un goût amer de déception
vient en bouche. L'uvre relevant davantage du postromantisme
que de la modernité que développera plus tard le père
du dodécaphonisme, ces interprètes s'y montrent bien
mal à l'aise. Arrivé au final, toutefois, ils reprennent
enfin leurs esprits et recréent une atmosphère pénétrée
et admirable, sur laquelle la voix de la soprano canadienne Barbara
Hannigan se pose avec grâce, noblesse et gravité
-
le temps est suspendu, le sublime plane sur la salle, l'espace d'un
instant.
Pour clôturer le concert, Barbara Hannigan et le Quatuor
Arditi nous proposent la toute dernière création de
Philippe Schoeller, Operspective Hölderlin, qui
reprend la formation singulière de Schönberg (soprano
et quatuor) en lui ajoutant un dispositif électronique. Ce
dispositif est radica-lement nouveau, puisqu'il repose sur le système
WFS, qui créé un équiva-lent sonore de l'hologramme.
Malgré quelques longueurs ça et là, on ne peut
s'empêcher d'admirer la manière dont le compositeur
s'approprie l'outil et l'intègre dans sa mise en musique
du vers d'Hölderlin. Le quatuor se fragmente et s'émiette
pour se recristalliser ensuite dans un mouvement fascinant autour
de la voix, fluide et mouvante, et d'une expressivité singulière.
Jérémie Szpirglas
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