daï fujikura © seiji okumiya
Segui
Festival Agora
Auditorium d'Orsay, Paris
17 juin 2009
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Comment accompagner un soliste, c'est-à-dire anticiper et
suivre
- seguire en italien - tout à la fois son geste, lorsque
l'accompagnateur est l'ordinateur ? Toute cette saison, l'Auditorium
du Musée d'Orsay a consacré un cycle à la complicité
entre artistes au sein de formes intimistes (concerts voix avec
piano ou ensemble, master-classes) ; il a donc semblé naturel
à Franck Madlener, directeur de l'Ircam, de tenter une réponse
dans ces murs habitués aux sons d'aujourd'hui (Crumb, Eötvös,
Jarrell, Matalon, Nunes, Pesson, etc.), comme de rappeler combien
"la poétique ne cesse de précéder la
technique" pour ses propres équipes.
Passons vite sur la première uvre au programme. Otemo,
du Chypriote Vassos Nicolaou (né en 1971), s'inspire
de l'architecture chaotique de Tokyo, du sens de l'ordre particulier
qui en résulte, pour une pièce destinée au
vibraphone. Outre un usage daté de l'instrument au timbre
facilement agressif, le dispositif électronique live sature
l'air d'échos étirés vers l'aigu (ersatz de
carillon, de steel-drum), assourdissant l'auditeur vite persuadé
de la vanité du projet. Rien de tel avec The only line,
pièce acoustique de l'an dernier pour laquelle Georges
Aperghis a créé aujourd'hui une bande son. Cette
dernière diffuse des sons hachés, hoquetants - tour
à tour cricket, gargarisme ou vapeur sous pression -, tandis
que le violon de
Hae-Sun Kang, dans un délicat mezzo-piano rigoureux,
scie, babille, siffle
et finit par flûter. On retrouve ici ce quelque chose, propre
au compositeur, de fondamentalement angoissé dans la répétition.
Souvent récompensé outre-Manche où il étudie
avec Daryl Runswick,
Edwin Roxburgh et George Benjamin, Daï Fujikura (né
au Japon en 1977)
a eut, pour concevoir prism spectra, l'idée première
de "créer un orchestre
à cordes virtuel qui soit dirigé par le soliste"
- en l'occurrence Odile Auboin, dédicataire de cette
uvre redoutable. Habitée par une sorte de bondisse-ment
auto-régénérant, celle-ci débute par
un ostinato lumineux, avec des ébauches de chur
nous évoquant Reich et sa Desert Music. Le calme
se fait pour un dialogue de l'alto avec son écho sériel,
interrompu par un barrage de pizzicati musclés. Révélant
une construction en miroir ou en boucle, la dernière partie
retrouve la frénésie un peu sauvage du début,
mais en plus sombre. Voilà une pièce qui se renouvelle,
riche d'inventions, de climats.
Après l'entracte, nous assistons à la création
française d'une pièce de Marco Stroppa qui,
sans posséder la séduction de la précédente,
captive l'attention. Au centre de la scène, cinq haut-parleurs
superposés forment
un totem acoustique autour duquel évolue la violoniste,
passant d'un
pupitre à l'autre, d'un morceau léger et chantant
à un autre plus grinçant et ténébreux.
En accord avec un titre qui suggère le chuchotement, hist
whist
- d'après un poème de E.E. Cummings - se déroule
dans l'infiniment pianississimo.
"Avec Naturale, disait Luciano Berio, comme avec
Voci, j'espère contribuer à renforcer l'intérêt
porté au folklore musical sicilien qui est, avec celui de
Sardaigne, le plus riche, le plus complexe et le plus rayonnant
de notre culture méditerranéenne." Accompagnée
par Daniel Ciampolini qui ouvrait le concert, Odile Auboin
livre cette pièce du milieu des années quatre-vingt
avec un âpre lyrisme, sans pourtant atteindre la franche raucité
de Chris-
tophe Desjardins, son confrère à l'Ensemble Intercontemporain.
Une couleur trop soignée explique-t-elle la déception
ressenti ?
Laurent Bergnach
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