© mark shapiro
Ubs
verbier festival chamber orchestra
Verbier Festival & Academy
Salle Médran
26 et 30 juillet 2008
|
En une semaine passée au Festival de Verbier, nous avons
pu entendre par deux fois son orchestre de chambre. Samedi soir,
Joshua Bell dirigeait de l'archet le Concerto pour violon
en ut majeur Hob.VIIa :1 de Haydn dont l'Allegro
initial eut à souffrir de l'abondante pluie s'abattant sur
la toile blan- che avec force fracas. Pourtant, on aura distingué
une articulation légère
et une cadence brillante qui sut ne pas trop en faire, contrairement
à la tendance habituelle de cet artiste. Après la
délicate évidence de l'Adagio central, le Presto
final parut raisonnablement contrasté. L'aigu du soliste
ne s'est pas toujours montré très exact, dans une
interprétation moins affectée qu'on s'y était
attendu.
Après quelques Lieder arrangés par Plummer et dont
nous vous parle-
rons dans un autre article, l'UBS Verbier Festival Camber Orchestra
jouait Der Tod und das Mädchen, soit le Quatuor à
cordes en ré mineur D810 de Schubert transcrit
par Mahler. Plutôt que d'en renier la lourdeur intrinsèque,
Bell eut l'intelligence de la prendre si bien en charge qu'elle
devint un atout plutôt qu'un handicap, neutralisant parfaitement
l'inertie du plus vaste effec-
tif. L'uvre parut immanquablement symphonique, faisant entendre
aussi bien le transcripteur que l'auteur original. L'Allegro
parut alors extrêmement dynamique, dans une inflexion d'une
grâce qu'on pourrait dire féminine. Malgré des
unissons de violons souvent aléatoires, la riche souplesse
du tactus et le côté farouche de l'accentuation
ont mené une interprétation pas-sionnante, rehaussée
par la présence musclée des contrebasses (proches
de la Deuxième de Mahler, par exemple). Le mouvement
lent s'installait dans une dignité profonde, s'apparentant
plus à la prostration qu'à la pu-
deur. L'impulsion s'y fit à plusieurs reprises génialement
nauséeuse, avant une seconde partie infiniment nuancée
dont l'heureuse fluidité contrariait confusément le
paysage sans cesse plus brumeux. Vigoureuse, la variation s'affirmait
sombre dans une obstination douloureuse où pointait un lyrisme
larvé dans l'opalescente mobilité des affects. Le
précieux échange du sextuor n'en parut que plus clair
! Après un Scherzo mafflu à la nervosité
grisante, l'effervescence du Presto accusait une tonicité
nimbée de vertige, élégante et sans manière.
Une monstrueuse angoisse dominait l'ardente chevauchée, ici
rendue fébrile par les choix dynamiques de cette interpré-
tation inspirée.
Mercredi soir, après une première partie plus intime,
Gábor Takács-Nagy dirigeait Siegfried Idyll
de Wagner. Immédiatement se remarquait le travail
nettement plus soigné des cordes. S'accordant un rien de
sucre dans les rubati, le dosage de l'inflexion s'avérait
assez subtil. Les interventions des bois y bénéficiaient
d'une belle découpe, dans une conduite générale
de la nuance finement ciselée. Outre que le choix de cette
oeuvre était idéal pour mettre en valeur chaque pupitre
(octuor à vent particulièrement à l'honneur),
le chef sut tirer le maximum de la jeunesse qui lui faisait face,
mettant en scène une prompte exaltation.
Cette soirée s'achevait en apothéose avec Knoxville
: Summer of 1915 Op.24 composé par Samuel Barber
sur un extrait du début d'A death in
the familly, l'autobiographie de James Agee (plus connu pour ses
scénarii -
The Night of the Hunter, The African Queen, etc.)
construite autour de la
mort de son père. Souffrante, Barbara Bonney était
remplacée par Meascha Bruggergosman dont le sublime
velours vocal, la sensibilité et le charisme ont servi l'uvre
et ravi le public. À la tendresse chantante du trio de vents
des premiers pas répondait des cordes moelleuses, Gábor
Takács-Nagy s'ingéniant à magnifier le moindre
détail de l'orchestration. L'onctuosité indicible
de cette exécution rencontrera un relief jouissif que l'expressivité
du soprano transcendera encore. Le timbre est attachant, l'investissement
généreux, le chant des plus inspirés, doté
d'un aigu souple, arrivant com-
me de lui-même, dans le même impact. Les digressions
inquiètes de la partition se solutionnaient dans la nostalgique
réminiscence du thème principal, saisissant d'émotion.
Bertrand Bolognesi
|