|
Staatskapelle de Dresde
Théâtre des Champs-Elysées, Paris
24 septembre 2006
|
Premier orchestre symphonique invité de la saison, la Staatskapelle
de Dresde a interprété deux uvres incontournables
du répertoire romanti-
que au Théâtre des Champs Elysées. Grâce
à une lecture rigoureuse de Georges Prêtre,
il a livré une interprétation lumineuse du Concerto
pour orchestre de Bartók et de la 3ème Symphonie
de Beethoven.
Ecouter l'uvre de Bartók, c'est presque avoir
la partition sous les yeux. Véritable cheval de bataille
des orchestres et des chefs, le Concerto pour orchestre reste
son uvre la plus populaire. Alors, concerto ou symphonie ?
On admire l'équilibre entre les pupitres saxons - dont tous
resplendissent - et la finesse des traits. L'orchestre évite
la romantisation à outrance et met en valeur les variations
subtiles apportées par Bartók au fil de l'uvre.
On apprécie particulièrement la précision et
les timbres fabuleux des harpes
et des contrebasses, avec le sentiment de redécouvrir cette
page et d'en cerner un peu plus toutes les richesses. Le public
savoure son plaisir. A travers une brillante lecture analytique,
le chef et les musiciens font sonner certains passages de façon
inattendue.
Même constat dans la Troisième. La Marche
Funèbre est stupéfiante,
avec un choix de tempo idéal ; c'est peut-être
la réponse d'un Beethoven déçu par son
héros, désavouant Napoléon et regrettant Bonaparte.
On entend nettement les contre-chants et l'accompagnement. Les différen-
tes atmosphères se succèdent avec un naturel et une
fluidité étonnants. Funèbre voire menaçant
dans la Marche, l'orchestre devient éclatant
dans les deux derniers mouvements.
La prestation de Georges Prêtre fait l'unanimité. Sa
fougue et sa passion
se ressentent à chaque instant. Le chef tant estimé
de Maria Callas et de Francis Poulenc a la jeunesse éternelle
! Dans l'Héroïque, il ne s'encombre pas de mouvements
superflus. Chaque geste, essentiel et efficace, prend un impact
direct sur les musiciens. "Je ne suis pas un chef, mais
un inter-prète dont l'instrument est l'orchestre",
explique-t-il. Kurt Masur et Jean-Claude Casadesus aux premières
loges, le chef Français est ovationné
par un public qui lui a réservé l'accueil des soirées
d'exception. Sans se faire prier, le sourire aux lèvres,
il donne deux bis : la Danse Hongroise n°1 de Brahms
et un extrait de l'Arlésienne de Bizet. On
en retiendra la légèreté et l'originalité
de l'approche, non dépourvue d'un certain humour.
Laure Dautriche
|