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l'Orchestre National de Lille joue Beethoven
Festival de Saint Denis
Basilique, 28 juin 2007
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"La tradition, c'est la trahison" disait Mahler.
Avec l'Orchestre National
de Lille, le chef Jean-Claude Casadesus a cherché
à donner une vision moderne de deux uvres symboliques
et représentatives de Beethoven :
la Cinquième symphonie et le Concerto pour violon
Op.61, tout en respectant la partition originale.
Le violoniste Renaud Capuçon dans le Concerto
de Beethoven : héroïque
et enlevé. Il a démontré une fois de plus son
lyrisme puissant dans le ré- pertoire romantique. Il y a
des moments forts, en particulier dans l'Allegro initial
où l'on apprécie cette chaleur dans les graves et
le brillant des aigus. Certaines couleurs étonnantes donnent
encore plus de relief au concerto. Quand sa partie de soliste lui
laisse quelque répit, il chante celle de l'orchestre intérieurement.
Ce qui frappe, c'est l'intensité dans les passages rapides
comme dans
le mouvement lent, décuplée par son Guarnerius de
1737. Chaque note et chaque coup d'archet sont pensés. Doux
et poignant, telle est la particula-rité du jeu de Renaud
Capuçon. Parfois, sa sonorité fait penser à
Christian Ferras. On savoure le phrasé dans le Larghetto
: un chant pur s'élève, sou-tenu par l'orchestre.
Les cadences des 1er et 3ème mouvements sont jouées
avec finesse et bien articulées. Quelques passages approximatifs,
mais le public est emporté dans cet univers sonore. On en
sort tout étourdi, comme après une bonne décharge
d'adrénaline. Ici, pas de maniérisme ni de gestes
superflus. "Renaud est jeune mais a un vrai naturel, c'est
pour cela que j'aime travailler avec lui", nous explique
Jean-Claude Casadesus. Avec ce chef, le courant passe. "On
se connaît bien. Je le regarde à peine,
la sensation suffit", ajoute le violoniste français.
Dans la Cinquième symphonie, Casadesus se voulait
au plus près du
texte. "Je cherche toujours à renouveler la compréhension
que j'ai d'une uvre", raconte-t-il. Les premiers
accords imprimés dans l'oreille de tous sont significatifs.
Il y a une vraie fluidité, aucune rupture, aucun silence
dans ce premier motif de quelques notes dont Beethoven aurait dit
"c'est
le destin qui frappe à la porte". Ici apparaît
déjà le caractère révolutionnaire et
passionné de sa musique.
Tout au long de l'ouvrage, Jean-Claude Casadesus met son énergie
à
unifier son orchestre. Gestes amples, baguette agitée, il
fait passer sa vision dynamique et sauvage. Pourtant, cela n'est
pas suffisant pour peau-finer la mise en place. Il y a parfois un
manque de précision, en particulier des premiers violons
dans le Scherzo. Quelques erreurs de justesse, des cuivres
surtout, mais il y a du relief dans l'interprétation. Contrechants
des cordes, légèreté des pizz' ou passages
dramatiques : les richesses de
la partition sont mises en lumière. Ni trop lents, ni trop
rapides, les tempi
sont parfaitement adaptés à la pièce, en particulier
dans le Finale, lumi-
neux sommet de l'uvre. On entend bien l'intensité dramatique
de la symphonie et surtout sa progression narrative. Les cellules
mélodiques répétées sont connotées
différemment à chacune de leurs apparitions.
La version de ce soir était une interprétation, loin
d'être définitive pour
Jean-Claude Casadesus : "Je n'ai jamais fini avec une oeuvre
comme
celle-là", aime-t-il à répéter.
Laure Dautriche
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