herman schadeberg, vers 1410~1420 © dr
johannes passion
Sinfonia
en Périgord
Eglise Saint Etienne de la Cité, Périgueux
30 août 2008
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Benoît Haller et sa Chapelle Rhénane
ont conçu une Johannes Passion personnelle dont les
solistes se retrouvent dans les parties de chur. Le résultat
s'affirme immédiatement tragique, le drame s'en trouvant
magnifié par un tactus leste, un déploiement fluide,
pour ne pas dire urgent. Dès le début, l'auditeur
est plongé dans une inquiétude crue allant bien au-delà
de la possible théâtralité de l'uvre -
une dimension plus évidente dans cette passion-là
que dans la Mattheus -, mais induisant une méditation
spirituelle d'une nouvelle nature avec laquelle le recueillement
n'a que faire. Ce qui traverse cette musique est alors pure angoisse.
Le revers d'un tel choix est de paraître oublier où
nous nous trouvons, soit dans une église à l'acoustique
difficile qu'il aurait convenue d'apprivoiser plus soigneusement.
Plutôt que de se dessiner dans la diligence de son tempo,
cette Saint-Jean s'épaissit dans d'indésirables
échos, de sorte que de nombreuses incises brèves de
chur sont brouillées, comme d'autres points de détails
qui
ne se perçoivent plus même. De fait, bien que chanteur
lui-même, le chef presse le pas, ne laissant guère
respirer ses acolytes. Les voix se tendent, les cordes se contentent
d'approximations (en fin de parcours, surtout),
si bien que l'exécution, d'abord saisissante, ne tient pas
ses promesses. Demeurent des Chorals paradoxalement équilibrés,
comme en apesan-
teur.
Du côté des voix, l'on rencontre, ce soir, quelques
bonnes surprises.
Le très franchement timbré Benoît Arnould
(basse) offre à Jésus une profondeur idéale
et une exactitude exemplaire ; s'appliquant au Christ rarement le
mot justesse aura tant étroitement retenti. Plus nerveux
et peut-être moins puissant, le chant d'Alexander Knoop
(basse) offre l'avan-tage d'une couleur délicatement travaillée
que l'artiste sait mettre au service de différentes incarnations,
jusqu'à celle d'un Pilate des plus efficace, d'un abord nuancé
plutôt qu'ambigu. La clarté du timbre de Stephan
Van Dyck (ténor) satisfait. D'abord veloutée dans
ces premières interventions, Tanya Aspelmeier (soprano)
s'avère ensuite quasiment mozartienne, d'une expressivité
discrète dans l'aria de la première partie,
en écho au curieux duo flûte-contrebasse qui l'accompagne,
puis d'une incroyable pureté dans celle de la fin (n°18),
à l'impact souverainement égal, comme l'affirmation
toute simple que cette page véhicule. À ses côtés,
la pâte vocale de Silke Schwartz (soprano) se révèle
généreuse, magnifiquement phrasée, d'un lyrisme
épanoui. On est moins convaincu par la prestation de Julien
Frey-muth (haute-contre) qui semble manquer de corps et dont
la phonation n'est pas toujours stable. Plus onctueuse domine l'aria
n°15 de la secon-
de partie, grâce à l'interprétation luxueusement
confortable et dignement sensible de Pascal Bertin (haute-contre),
suspendant le public à l'émotion comme à l'agilité.
De l'Evangéliste de Julian Prégardien l'on
retiendra un timbre d'une clarté séduisante, une lumière
prégnante, des chromatismes somptueusement réalisés,
mais des aigus souvent étroits, des soucis de justesse dans
la vélocité, un grave plutôt court. L'on se
souviendra principalement d'avoir entendu un chanteur dont les qualités
sont évidentes mais auquel on aura confié trop tôt
cette lourde partie qui, aujourd'hui, ne pouvait que donner
une mauvaise idée d'un talent qu'il possède indubitablement
grand.
Bertrand
Bolognesi |