aquilon
© j.j. chabert / sinfonia
Charpentier par Aquilon, Bach par La Canzona Sinfonia
en Périgord Abbaye de Chancelade 30
et 31 août 2006 |
Il y a tout juste un an, le jeune ensemble Aquilon donnait en l'Abbaye
de Chancelade un fort beau concert réunissant des pièces de Tomas
Luis de Victoria, Henry Du Mont, et Marc-Antoine Charpentier sur lequel
il concentre son talent, ce mercredi soir. En quelques mois, la formation
s'est nettement homogénéisée, de sorte qu'aujourd'hui, elle
se produit avec plus de fermeté et de maîtrise tout en gardant les
irremplaçables qualités d'enthousiasme et d'énergie de ses
débuts. Aquilon a donc trouvé son équilibre, jusqu'à
se lancer dans un programme extrêmement lourd (plus de deux heures de musique
vocale) dont la première partie était consacrée à
ces uvres relativement austères, truffées de difficultés
techniques, que sont les Leçons de ténèbres à six
voix d'hommes (H.135, 136 et 137). De fait, on notera une certaine tension
dans l'exécution, occasionnant une absence de légèreté
due à un excès de volontarisme qui n'aurait pu laisser les choses
s'accomplir d'elles-mêmes. En revanche, une interprétation idéalement
conduite où plus personne ne cherchait à prouver quoi que ce fût
servit les pièces de la seconde partie. On en gardera un souvenir ému
de Tenebrae factae sunt H.386, pour ne citer qu'un épisode. Parmi
ces six voix, l'on goûtait particulièrement celle de Geoffroy
Buffière, d'une fiabilité et d'une profondeur saisissantes.
Recadrant, dès que besoin s'en fit sentir, le climat de l'ensemble, une
légèreté idéale distinguait le tra-vail de Sébastien
Mahieuxe, à l'inverse des vocalises un rien trop appuyées de
l'alto Marcio Soares Holanda. Si nous avions émis quelques réserves
l'an dernier quant au chant d'Amine Hadef, force est de constater qu'il
jouit aujourd'hui d'impact nettement plus canalisé ; le grave possède
un certain corps et la couleur affirme sa richesse. Enfin, l'on retrouvait avec
grand plaisir le timbre lumineux de Vincent Lièvre-Picard, toujours
inspiré. Si l'on saluera volontiers l'excellente idée de
programmer l'intégralité des Concerti pour deux et trois
claviers de Johann Sebastian Bach, on regret- tera d'avoir à
constater du peu de cur qui en motiva la réalisation par les musiciens
de La Canzona, jeudi soir, s'adonnant tout juste à un insuffisant
saupoudrage. Quant aux lectures - je dis bien lectures et non interprétations
- d' Elisabeth Joyé et Benjamin Alard, il semble bien qu'elles
n'aient rien eu à transmettre au public, pas même le bonheur de jouer
cette musique. Ce concert, qui aura autant déçu qu'il fut attendu,
permit - et c'est le principal ! - de goûter le jeu chantant et souple de
François Guerrier.
Bertrand
Bolognesi |