sigiswald kuijken © dr

musiques sacrées

Festival de Sablé
24 et 25 août 2006

Nous finiront notre chronique sablésienne par deux concerts sacrés, puisque jeudi soir l'église de Sablé nous transportait à Venise, et que
celle de Meslay-du-Maine nous invitait à Leipzig, vendredi après-midi.

Ainsi entendions-nous les Cantates BWV35, BWV164 et BWV17 de
Johann Sebastian Bach, respectivement Geist und Seel wird verwirret - L'esprit et l'âme sont confondus -, Ihr, die ihr euch von Christo nennet -
Vous vous dites disciples du Christ -, et Wer Dank opfert, der preiset mich - Qui offre l'action de grâce me fait gloire. Ici, l'orchestre s'est placé latérale-ment, autour de deux violoncelles et de l'orgue qui occupent le fond de scè- ne, ce qui, par rapport à un placement frontal ou semi-circulaire, permit une meilleure définition de chaque timbre. On ne saurait épiloguer sur l'excellen-ce stylistique et musicale de La Petite Bande qui poursuit son exploration systématique des cantates de Bach ; en revanche, de fâcheux soucis de justesse ont trop souvent déstabilisé les violons et altos ; il nous aura sem-blé que Sigiswald Kuijken lui-même n'ait pas été au mieux des possibilités qu'on lui connut. Autrement fiables s'avérèrent les hautbois, flûtes, violon-celles et surtout l'orgue, excellent. Côté voix, si Jan Kobow (ténor) charme l'oreille par l'égalité de son timbre, l'impact vocal sans question, la clarté
des harmoniques, la précision de la diction et même l'intelligence du texte, la basse Dominik Wörmer a moins convaincu ; certes, la couleur est avan-tageusement profonde, mais le vibrato s'égare parfois jusqu'à l'instabilité de la hauteur. Plus terne, Petra Noskaiová (alto), tout en affirmant une belle rondeur du timbre dans le médium, souffrit d'un bas-médium fragile et d'un grave anémié ; les vocalises, toutefois, furent irréprochablement réalisées. Enfin, le soprano Gerlinde Sämann emportait tous les suffrages grâce à l'évidence du placement vocal et à la sensibilité d'un chant idéalement mené.

Il y a presque trois ans, nous vous parlions des Trionfi Sacri, un program-me Gabrieli sous-titré Musique festive dans la Venise des Doges qui avait fait l'objet d'une gravure chez Assai [lire notre critique du CD et notre chro-
nique du 13 septembre 2003]. Avec le Chœur de Chambre de Namur et
La Fenice
, Jean Tubéry avait alors investi l'église du Val-de-Grâce, à Paris. Jeudi soir, il transcendait de ces motets et chansons l'acoustique difficile
de l'église de Sablé, grâce à un dispositif particulier. L'écoute fut sollicitée par trois sources : les chaises de la nef ont été placées de manière à for-mer deux blocs-public orientés face à face et séparés par une large allée
où le chef se pose, dirigeant - on mesurait d'autant plus l'extrême lisibilité, ici salutaire, de sa battue - un pôle à droite, un autre à gauche, et le troi-
sième au fond, sous l'orgue du portail ; ce n'est pas tout : en fonction
des besoins de chaque pièces fut décidée une circulation des interprètes
entre les trois pôles, déjouant toute permanence de l'exécution. Du coup, dialogues, échanges, répons, échos et contrepoints se révèlent. Il semble bien que le lieu, réputé ingrat, ait été efficacement apprivoisé. Observons que, par rapport à la tournée passée, le programme fut remanié pour Sablé et La Chaise Dieu. Emportés par l'enthousiasme de l'Exultet Jam angelica turba, entre autres, la magie d'une déambulation sonore captivante, et encerclé par l'Alléluia qui rendit folles les chauves-souris, les auditeurs faisaient un triomphe aux artistes.

Bertrand Bolognesi