|
©
la-roque-d'anthéron
Nuit du Piano : musique russe
Festival International de Piano / La Roque d'Anthéron
Parc du Château de Florans 24 juillet 2003 |
Cette année, pour le cinquantenaire de la mort de Sergeï Prokofiev,
le Festival de La Roque d'Anthéron fait la part belle aux programmes
de musique russe. C'est donc à une de ces nuits slaves que nous étions
conviés ce jeudi 24 juillet. Trois concerts d'une heure (rappelons le principe
thématique des Nuits du Piano de la Roque) assurés par l'Orchestre
de Chambre Musica Viva, Alexandre Rudin (violoncelle et direction), David
Guerrier (trompette) et les deux éminents pianistes Ludmila Berlinskaia
et Vladimir Krainev.Dmitri Chostakovitch d'abord, avec le Prélude
et scherzo opus 11, débute la soirée d'une manière
assez aride : l'orchestre se révèle peu musical, les attaques manquent
de franchise et les accents nécessaires s'avèrent plutôt absents.
Au violoncelle, Alexandre Rudin se rattrape aussitôt dans la Sonate
pour piano et violoncelle n°1 de Nikolaï Miaskovski, avec
Ludmila Berlinskaia, moment élégiaque où chacun, très
en harmonie, s'adonne avec un plaisir non dissimulé à cette musique
très romantique, lui avec une sonorité chaude et un vibrato
à faire oublier le concert dissident de cigales et elle d'un sensualité
juste ce qu'il faut d'exacerbée
La pianiste conserve cette veine
pour le Sextuor pour piano et quintette à cordes en mi bémol
de Mikhaïl Glinka. Inattendu en début de second concert,
un Boris Tchaïkovski (décédé en 1996 !) et sa
Sinfonietta pour orchestre à cordes. Cette musique larmoyante et
néo-classique n'offre que peu d'intérêt par rapport au reste
du program-me, et surtout confirme les premières impressions que nous avions
de l'orchestre : ici, les pupitres à l'unisson de pardonnent pas la justesse
approximative !
Arrive heureusement le quasi légendaire Vladimir
Krainev ( NdR : dont nous présentions la prestation dans le Second
Concerto (lien) de Prokofiev avec l'Orchestre de Bordeaux à paris
le 19 juin dernier), se confrontant au très virtuose Concerto n°1
pour piano, trompette et orchestre à cordes de Chostakovitch. Le pianiste
électrisant possède cette fougue et cette énergie - pour
ne pas dire charisme - qui, à peine les doigts posés sur l'instrument,
vous font chavirer dans son univers sans vous en laisser le choix. Largement rompu
à cet exercice, sollicitant le piano, il répond au très jeune
David Guerrier (trompette) en acquiescant physiquement de la tête
comme pour approuver : c'est sûr, il a dû naître une relation
d'admiration et d'ascen-dance entre les deux musiciens. L'orchestre ne démérite
pas, au contraire. Très à l'aise mais présenté ici
en formation de chambre réduite, il lui manque juste quelques instrumentistes
pour lutter convenablement avec le piano. L'Allegro con brio conclue
triomphalement ce concerto, à tel point qu'il a fallu le bisse, et c'est
non sans un certain cabotinage que notre cher Vladimir l'entonna
encore
plus vite ! Le troisième rendez-vous de la soirée proposait
les Variations sur un thème de Tchaïkovski d'Anton Arenski
qui offraient enfin aux musiciens de l'orchestre une tribune pour montrer
la musicalité dont ils sont capables. Et c'est avec le terrifiant et
kafkaïen Concerto pour piano et orchestre de Alfred Schnittke que
s'achevait cette Nuit. Nous retrouvions Vladimir Krainev montrant une palette
de couleurs allant de la plus petite intention jusqu'au tourbillon sonore et une
certaine saturation à faire frémir. A la fois magnétique
et obsédant, ce musicien, secondé par les cordes tendues à
l'extrême de Musica Viva, nous emporta dans une sorte de spirale étouffante,
impression de noyade et de frisson en apnée
Monumental ! Loïc
Lachenal |