tanja tetzlaff © helge strauss
Frère et sur jouent Brahms
avec le Philhar'
Salle Pleyel, Paris
19 juin 2009
|
Les deux uvres jouées ce soir étaient l'occasion
d'entendre deux facettes de la musique romantique allemande. L'Orchestre
Philharmonique de Radio France sous la direction de Hartmut
Haenchen a su traduire cette diversité d'écriture
des deux compositeurs. Les musiciens se sont d'abord attelés
au Double concerto pour violon et violoncelle de Johannes
Brahms. Dès la première mesure, le caractère
est donné : un orchestre affirmé et des solistes au
jeu présent et énergique. Le violon de Christian
Tetzlaff et le violoncelle de sa sur Tanja sont
puissants sans être pesants. Malgré une justesse parfois
approximative au violon, les traits solistiques sont articulés,
même dans les passages les plus virtuoses.
Le Philhar' n'a pas l'ampleur des orchestres germaniques, mais
Harmut Haenchen réussit à lui donner une vraie sonorité,
notamment
aux contrebasses, bien présentes. L'interprétation
illustre à quel point l'uvre est proche du concerto
symphonique, avec une lutte permanente entre le grand ensemble
et les solistes. L'Andante révèle une complicité
évidente entre frère et sur : regards permanents,
mêmes intentions.
La phrase musicale qui commence au violon se poursuit au violoncelle
avec naturel et intensité. Le duo est parfaitement réussi.
Le Vivace final
met en valeur leur technique impeccable. A chaque retour du premier
thème, l'interprétation est nouvelle : soit plus percussive,
soit plus légère. Mais surtout, les contrastes de
dynamiques sont saisissants. Les Tetzlaff évoluent du fortissimo
au pianissimo avec une belle maitrise. La salle
leur fait un triomphe. Et dire qu'en 1887, à la création
de cette page,
Brahms avait décidé de ne plus composer pour l'orchestre
tant l'uvre
fut mal accueillie par le public !
C'est dans la Symphonie n°4 de Beethoven que
le chef allemand
- qui remplace Mikko Franck souffrant - fait sensation. Il la dirige
par cur, avec une facilité déconcertante, un
côté ludique, même. Avec une formation classique,
donc réduite par rapport à l'orchestre romantique,
il réussit à en montrer la richesse intérieure.
La proportion du tutti permet de jouer dans une aisance chambriste,
si bien que Hartmut Haenchen rend transparente la partition : les
accents des violons, les pizzicati des violoncelles, les
solos des vents se distinguent clairement. L'Adagio contraste
par sa
pureté mélodique.
"On est saisi, dès les premières mesures,
d'une émotion qui, à la fin devient accablante par
son intensité", écrit Berlioz dans ses chroniques
musicales.
Tout le discours est fondé sur le contraste sonore : une
mélodie chantante aux premiers violons opposé à
un motif rythmique aux seconds. L'orchestre restitue parfaitement
ces contrastes, tant dans le style que dans les nuan-ces. Le Finale
referme l'uvre dans la joie. Malgré quelques problèmes
de mise en place, l'orchestre joue sur les couleurs et réussit
à traduire le foisonnement de l'écriture beethovénienne.
L'une des plus belles réussites de la soirée est certainement
d'avoir su respecter l'écriture rigoureuse
et parfois très classique de l'uvre, assez éloignée
des dernières symphonies.
Laure Dautriche
|