françois-frédéric guy © serge degrossi / naïve

Philippe Jordan dirige
l'Orchestre Philharmonique de radio France

Salle Pleyel, Paris
22 décembre 2006

S'il est fréquemment loisible d'entendre la Vltava, l'intégralité des six poèmes symphoniques formant le cycle Má Vlast - soit Ma patrie -, com-posés par Smetana entre 1872 et 1879, reste pour nous une rareté sous
sa forme complète. Ce soir, Philippe Jordan conduisait les musiciens de l'Orchestre Philharmonique de Radio France dans une lecture contrastée mais sans grand relief de cette véritable épopée du peuple tchèque occu-pant près d'une heure vingt. Certes, le jeune chef ne manque pas d'énergie, si bien qu'il parvint à ne s'essouffler jamais dans une exécution musclée
où il se révélait peut-être plus montreur d'ours que musicien. Quant à eux, les instrumentistes s'épuisèrent, comme en témoignaient les approxima-tions des violoncelles dans Tábor (5ème épisode). Toutefois, on saluera l'excellence des bois, un rien de mystère accordé aux premières mesures de Z ceskych luhu a háju et le lyrisme débordant de la fameuse Vltava.
Mais dans l'ensemble, cette interprétation manqua d'épaisseur, de nuan-ces et ne reposait que sur de grands effets superficiels.

C'est en revanche dans la première partie du concert que l'on
retrouva les indéniables qualités de Philippe Jordan [lire notre chronique
de Rosenkavalier à l'Opéra Bastille]. Plus soigneusement, il présentait un Concerto en sol majeur N°4 Op.58 de Beethoven nourrissant son respect d'une relative rigueur classique d'un souffle volontiers poétique, en accord avec la vision proposée au clavier par François-Frédéric Guy. Dès le solo introductif de l'Allegro marcato initial, l'élégance était au rendez-vous, le soliste disant ce motif dans une gracieuse articulation dont la gravité
s'affirmerait au fil du mouvement. Jamais brutal et cependant bel et bien marcato, ainsi pourra se définir le jeu du pianiste, déterminé, musclé mê- me, et doté d'une pédalisation choisie, imposant une couleur plus farou-
che à la cadence. Dans l'Andante central, François-Frédéric Guy opposait
à la tonicité mafflue des cordes une tendresse de sonorité strictement égale, quasi chorale, sagement recueillie, puis un récitatif plus librement aéré. Enfin, le Rondo finissait de signer cette approche intérieure où les inévitables futilités ornementales du style se firent méditatives conces-sions d'une discrète clarté.

Bertrand Bolognesi