
© mikhaïl vaneev
Vadim Repin joue Beethoven
Théâtre des Champs-Elysées, Paris
22 juin 2006
|
"La réincarnation de David Oïstrakh",
"un jeu à vous couper le souffle", voilà
comment la critique musicale parle de Vadim Repin. À
l'occasion de l'un
des derniers concerts de la saison, Kurt Masur et l'Orchestre
National de France recevaient le jeune violoniste sibérien
pour interpréter le très célè- bre Concerto
de Beethoven. Le jeu de l'école russe de violon
résonnait ce soir dans toute sa splendeur, Vadim Repin ayant
livré une interprétation poignante et originale qui
jamais ne tomba dans l'excès.
Ce son arrive aux oreilles en un instant par sa beauté et
sa pureté.
C'est celui du magnifique Stradivarius Ruby de 1708. Repin
fait partie de ces musiciens qui marquent les esprits. Le Concerto
de Beethoven est l'un des plus joués du répertoire
: les violonistes professionnels le connaissent sur le bout des
doigts. Mais voilà : celui-ci sort des sentiers battus, révélant
les inépuisables richesses d'une uvre mythique. Le
1er mouvement est
saisissant. Serein, les yeux fermés, le soliste écoute
les instrumentistes pendant l'introduction. Ses premières
mesures solo nous font entrer dans un univers bien particulier.
Brillant et léger dans le registre aigu, l'artiste ob-tient
des sonorités insoupçonnées. De coups d'archet
en doigtés parfois étonnants, Vadim Repin ne se contente
pas de jouer la partition. Il privilégie poésie et
sensibilité, fait sonner les harmoniques du violon même
quand elles ne sont pas écrites ou attendues. La cadenza
est surprenante : il y crée sa propre temporalité.
Ralentissant parfois pour savourer chaque note, accélérant
comme dans une course infinie, il nous emmè- ne ailleurs,
sans tricher avec la technique. Sans détour, au-delà
de la virtuo-sité de cette page, le son est là. Après
la puissance, la tendresse : dans le Larghetto, une voix
douce et apaisante s'élève du stradivarius pour chanter
les thèmes. Repin équilibre le rubato et les
dynamiques ; son jeu met en valeur chaque phrase différemment,
comme un discours qui ne pourrait jamais être redit à
l'identique. La diversité était encore à l'honneur
dans le Rondo final. Utilisant le sautillé là
où on ne l'attendrait pas forcément, ses coups d'archets
étonnants parurent pourtant naturels. Peut-être est-ce
là son secret
Il se contentera de sourire timidement sous les applaudissements
géné-
reux du public. On s'empressera ensuite d'écouter un bis
emprunté aux sonates pour violon seul d' Eugène
Ysaÿe, joué avec une maîtrise, un brio
et une pureté dignes des plus grands. Le jeu du violoniste
ne pouvait que ressortir magnifiquement sous la direction débordante
d'énergie de Kurt Masur. Attentif, ménageant des effets
du meilleur goût, le maestro suit les moindres subtilités
du soliste, rendant évidente l'interactivité avec
ses musiciens.
Dans la Simple symphony de Benjamin Britten, le chef
mène son orchestre de main de maître. Se rapprochant
tantôt de la danse traditionnelle, révélant
parfois une polyrythmie efficace, cette pièce assez courte
en quatre mouve-ments est empreinte d'une fraîcheur rythmique
parfaitement rendue. On retrouvait ce stimulant dynamisme dans la
Symphonie n°3 "Ecossaise"
de Mendelssohn.
Laure Dautriche
|