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soirée d'ouverture
de la nouvelle édition
Présences
Maison de Radio France, Paris
9 février 2007
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Un an après une intégrale Penderecki, c'est d'un
tout autre monument
que Radio France nous invite à faire le tour pour la quinzième
édition de
son festival Présences. En effet, le jeune - oui,
vraiment jeune - compositeur anglais Thomas Adès fait
déjà figure de monstre sacré de la musique
d'au-jourd'hui. Les plus flatteuses louanges flottent autour de
sa tête comme autour de celle d'un jeune roi : "Une
musique imprégnée d'une extraordin-aire invention"
(The Independent), "L'opéra brillantissime d'un compositeur
ultra-doué" (The Times), "Un nouveau et
remarquable talent capable d'écri-re une musique véritablement
inspirée et de la rendre aussi accessible que de la pop"
(Wall Street Journal), etc. C'est peut-être en France que
les échos ont été les plus discrets. Il faut
saluer le courage de René Bosc (directeur artistique du festival
et responsable des orchestres de la Maison) d'avoir brutalement
podcasté le phénomène dans nos oreilles.
Car ici, point de subtilités pessonniennes à la limite
de l'audible, point de minimalisme planant, point non plus même
de flash back pénibles de rats de bibliothèques
nostalgiques. Si tous s'accordent à trouver au prodige un
don pour rallier un public que l'on prédit large - grâce
peut-être au paradoxal travail de défricheurs des musiciens
de films, comme Howard Shore, John Williams ou Hans Zimmer -, on
conviendra aisément que l'animal fait du bruit. Un bruit
immense, certes, un chaos, mais pas n'importe lequel.
Asyla, sa pièce maîtresse, ayant passé avec
succès la garantie décennale (et déjà
donnée à Présences en 2002 avec quatre
autres de ses uvres), fait l'effet d'une bombe : largeur abyssale
de la palette sonore, profondeur sumérienne des dynamiques,
orchestration magistrale et plantureuse, ce-pendant sans boursouflure
ni bavardage ; quatre mouvements de muscle pur. Le compositeur dirigeait
les musiciens du City of Birmingham Sym-phony Orchestra. Gravée
sur disque en 1999 (EMI), maintes fois jouée par les plus
grands, l'uvre séduit par sa plasticité et son
gigantisme subtil qui place le monstre-son au cur de l'intime.
Auteur d'une trentaine de partitions toutes déjà
jouées abondamment, Thomas Adès est-il le "dispensateur
de richesses invoqué par les terriens, quand d'autres le
craignent comme gérant des Enfers" ? Est-il déjà
assis sur un "chariot d'or tiré par quatre chevaux
noirs et muni d'une fourche à deux dents" ? Un dieu
redouté... à tort ? De fait, il y a quelque chose
d'infer-nal dans cette musicalité déployée
comme un rideau de flammes : c'est d'une musique brûlante
qu'il s'agit, loin des clichés sur la musique anglai-se véhiculés
par certains aigres-doux. N'accablons pas ce jeune démon
de références dont, sans doute, il n'a que faire,
tant il est vrai déjà que Brian Ferneyhough, Georges
Benjamin et autres Michael Finnissy nous avaient habitués
à une certaine forme d'énergie. Quand au Concerto
pour violon
aux volutes excentriques - Concentric Paths -, donné
ce soir par Anthony Marwood, il manie une forme lyrique ultra
classique qui fait presque pâlir
la mémoire d'un ange. Bien que n'étant pas d'une immense
modernité, il
se montre brillant, déjà.
Jérôme Nylon
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