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La Messe en si mineur
par les éléments & Café Zimmermann
Eglise Saint-Roch, Paris
26 avril 2006
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L'on dira sans doute de cette soirée qu'elle nous a permis,
une
fois encore, d'admirer les fresques de l'Eglise Saint-Roch. L'on
ajoutera
sans doute qu'à l'indigeste de certaines images s'ajoute
l'impossible d'une acoustique incompatible avec une quelconque ligne
de musique baroque, fût-elle religieuse - nous ne dirons pas
liturgique, bien sûr : si ce peut être un problème,
là n'est pas le propos. Il est possible que la musique ait
été au rendez-vous. Mais comment le savoir ? Et comment,
à l'heure de l'écrire, faire l'impasse sur la rage
qui nous a pris lorsque nous avons tôt réalisé
qu'il nous eût été impossible de distinguer,
dans la bouillie sonore qui
nous parvenait, le travail du tâcheron de celui du plus patient
ciseleur ?
Et pourtant
Il nous a bien semblé que les churs et l'orchestre,
sous la direction de Joël Suhubiette, avaient un travail
de qualité à nous offrir. Si les cors ou violoncelles
ont pu se montrer faibles ou peu agréablement justes, on
pen-se cependant au bel ensemble de trompettes du Et in terra
pax, à l'intensité et à l'homogénéité
du chur, aux vocalises liquides du Gratias ou à
l'articu-lation souvent élégante (Laudamus te)
et souple (Qui tollis peccata mundi) de la pâte orchestrale
- belle lancinance aussi de l'ostinato du Crucifixus.
Comment dire, cependant, si ce que nous avons cru entendre par
ailleurs d'un excès de préciosité - sons très,
voire trop tirés aux cordes (Agnus dei), legati
coulants (Kyrie et Christe eleison), articulation
parfois traînante (Lau-damus te), convenue (les flûtes
du Domine deus), pâteuse (les cors du Quoniam)
ou larmoyante (Et incarnatus est), quelques brutalités
(domine deus), encore - tenait au travail de l'orchestre
ou au rendu de l'acoustique ? Reste certain que tout l'art du contrepoint,
porté par l'uvre à un grand degré de
complexité, fut emporté dans les résonances
du lieu, sans que puisse en contrepartie s'installer un climat de
ferveur, qui eut au moins sauvé l'in-tention musicale, sinon
la forme. Entrées en imitations et lacis des con-
trepoints : effacés sous une masse sonore que l'on devinait
bien plus travaillée que ce que l'on put en percevoir.
Les voix, sans doute, ont mieux tiré leur épingle
de ce jeu de cache-cache du son avec lui-même. Quelque chose
de capiteux dans la voix d' Anne Magouët, le timbre
élégant, peut-être moins convainquant dans le
registre grave, de Thomas Bauer surent ramener notre écoute
à moins d'irritation. Peut-être Stephan van Dick
put nous paraître un peu précieux en son Be-nedictus.
Sans doute encore Pascal Bertin nous servit-il presque systé-
matiquement une projection nasillarde et acide, à tout le
moins déran-geante dans ses duos avec Anne Magouët ;
toujours est-il qu'il sut - mira-culeusement ? - se ressaisir sur
l'Agnus Dei, qui pourrait presque à lui
seul racheter cette fort décevante soirée : rondeur
du timbre, clarté de la projection, tendresse, recueillement,
intensité de la supplique, superbe ! L'on se prend à
regretter qu'il n'ait trouvé le chemin de ce chant avant
la toute fin du concert
Marc Develey
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