© s.boulard
Pierre Cao dirige six motets de
Bach
Eglise Saint-Séverin, Paris
23 mars 2006
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C'est un concert de grande qualité et de sensibilité
plus belle encore
que nous offrait Pierre Cao à la tête du Chur
Arsys Bourgogne et des Basses Réunies. Les six
Motets de Johann Sebastian Bach, pour l'occa-sion
présentés dans un ordre inversant le premier et les
derniers opus (BWV 230 en ouverture, BWV 226 à
229, puis BWV 225 en conclusion), traçaient
un chemin de foi depuis l'appel à la louange - Lobet dem
Herrn - jusqu'au chant sans retenue à la gloire du Seigneur
- Singet dem Herrn.
On sait comment le décours textuel des Motets introduit
le croyant dans la confiance en l'Esprit Saint - Der Geist hilft
unser Schwachheit auf -, le Christ comblant toute attente et
toute demande - Jesu meine Freude -, pacifiant toute frayeur
- Fürchte dich nicht -, dans cette espérance
qui s'identifie à la certitude, aussi lasse fût-elle,
de sa venue prochaine - Komm, Jesu komm. Mais si l'interprétation
sut se porter à la hauteur du message évangélique,
elle fut plus particulièrement attentives à ces émotions
subtiles dont, aux profondeurs, se nourrissent les croyances.
Soirée rare, donc, à laquelle ne parvinrent pas à
nuire quelques menues faiblesses du chant - ici ou là dans
le contrepoint, sur certaines attaques
ou dans le timbre parfois acide des hautes-contres. La diction impeccable
du chur, l'équilibre des pupitres, la qualité
d'un accompagnement tout
en discrètes tensions, l'incroyable justesse des nuances
et des ritenuti, la modération du propos et la sobriété
des effets dessinaient la trame d'une foi moins doloriste qu'ancrée
dans la rieuse tendresse de Dieu pour le croyant - Fürchte
dich nicht - et dans celle que celui-ci prodigue en retour
au Christ sauveur - choral d'ouverture de Jesu meine Freude.
Ainsi le Gute Nacht de cette dernière pièce
put-il fort à propos sonner comme un refus, sans appel mais
sans colère, de tout ce qui éloigne de la vie sanctifiée,
passant ici en profondeur ce qu'un Herreweghe put en restituer dans
ses enregistrements de l'uvre. Et le Singet final,
emporté dans un enthou-siasme croissant par la rondeur cascadante
du contrepoint et des voca-lises, nous restituait un peu de ce chant
de gloire que l'imaginaire
chrétien prête à l'exaltation angélique.
Mais pour nous, c'est la chaleur du motet Komm, Jesu komm
qui irrigue
le souvenir de ce concert. Par la douceur de l'appel, l'intensité
dramatique des silences, la subtilité d'un pathos sans pathétisme
- difficulté de l'ab-sence, tendresse confiante en la venue,
joie du croyant -, il sut constituer
le pôle radieux de cette soirée.
Marc Develey
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