© patrice nin

L'Orchestre National du Capitole de Toulouse

Salle Pleyel, Paris
12 avril 2008

Après la grâce et le lyrisme de l'ouverture Rosamonde D.644 de Franz Schubert, le Concerto pour violon Op.64 en mi mineur de Felix Mendels-sohn s'inscrivait dans la continuité de l'univers romantique allemand. Dès 1838, l'idée de se consacrer à un concerto pour violon naît dans l'esprit
de Mendelssohn ; il écrit alors à son ami violoniste, Ferdinand David : "j'aimerais écrire un concerto pour toi, le début me trotte dans la tête et ne me laisse pas en paix". L'œuvre est composé en 1845 et connait immédia-tement le succès. C'est une musique ensoleillée, classique dans sa forme et réjouissante pour l'oreille. Toutefois, elle comporte des innovations par rapport à la tradition. Il n'y a plus opposition entre orchestre et soliste, mais plutôt discours commun et d'une seule tenue, comme le montre l'enchaî-
nement des quatre mouvements. L'interprétation de l'Orchestre National
du Capitole de Toulouse
et de Renaud Capuçon convergent en ce sens.
Le violoniste et l'orchestre échangent leurs thèmes, dans une atmosphère de félicité, la formation toulousaine se faisant à la fois partenaire et inter-locuteur. Le célèbre thème du premier mouvement, souple et volubile, convient bien au jeu pur et clair de Capuçon. La méditation solitaire de l'Andante, qui met en avant un climat plus nostalgique, donne l'impression de se frayer un chemin pas à pas du cœur à l'archet. L'entrée successive des bois et des cordes se fait en douceur et l'on apprécie la clarté des groupes instrumentaux. Dans l'Allegro final, le climat malicieux et aérien
est restitué par les musiciens unis dans l'écoute du soliste. Comme dans une danse, tous se répondent par des arabesques vertigineuses avec
une belle énergie.

Dans la Symphonie nº 5 Op.64 en mi mineur de Tchaïkovski, la commu-nication entre le chef et les cordes est évidente. Composée en 1888, cette pièce, comme d'autres œuvres de la maturité du compositeur russe, est inspirée par le questionnement sur la soumission au destin. Voici ce que
la partition indique : "Introduction : soumission totale devant le destin ou,
ce qui est pareil, devant la prédestination inéluctable de la providence. Allegro : murmures, doutes, plaintes, reproches... Ne vaut-il pas mieux se jeter à corps perdu dans la foi ?"
. Tout entier, le climat de l'œuvre est dans
le balancement et la souffrance qui naissent de l'impossible quête du bonheur. Tugan Sokhiev montre une énergie indomptable, une belle sou-plesse dans une interprétation un peu folle, comme s'il voulait donner un nouveau souffle à cette page. Il n'a pas fallu trois ans au jeune chef russe pour connaître et sentir la formation qu'il dirige depuis 2005. Le premier mouvement donne à entendre des tonalités sombres où la thématique du destin est parfaitement identifiée dès les premières mesures. Le second mouvement laisse place à un climat serein au lyrisme majestueux. On différencie les plans sonores, car le chef veille aux nuances, n'hésitant
pas à appeler plusieurs fois les cordes à jouer pianissimo pour laisser s'exprimer les vents. L'Allegro moderato en forme de valse mêle légèreté
et inquiétude, la thématique du destin restant toujours présente. La ges-tuelle souple de Sokhiev s'adapte à chaque climat. Dans le Finale qui intègre plusieurs rythmes de danses russes et laisse percer un senti-
ment de triomphe, il impose une vision énergique et sauvage, organisant
la musique en lignes, faisant entendre des progressions dynamiques impressionnantes. On en sort tout étourdi !

Laure Dautriche