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Héroïque Haitink

Salle Pleyel, Paris
18 septembre 2006

Le défi relevé récemment par le London Symphony Orchestra et
Bernard Haitink consistait en une intégrale discographique des sympho-nies de Beethoven captée en concert. Dans le cadre de sa résidence à la Salle Pleyel, l'orchestre a été accueilli pour deux soirées sous la direction
du chef néerlandais, l'un de ses invités privilégiés. Ils y ont interprété les Deuxième et Troisième symphonies du compositeur allemand.

On imagine l'enthousiasme des thuriféraires de Beethoven devant un tel programme. L'héroïsme résonne ici dans toute sa splendeur. Les con-trastes dynamiques et le jeu sur les masses orchestrales nous font immédiatement entrer dans cet univers.

Dans cette interprétation, les premières notes de la Symphonie n°2 sont saisissantes. Composée en 1802, elle témoigne d'innovations considé- rables. L'orchestre souligne parfaitement les contrastes de couleur et de tempi. On apprécie l'équilibre sonore dans les dialogues entre premiers
et seconds violons, puis on écoute avec plaisir le Finale, empreint de théâtralité et d'humour. Les musiciens produisent une sonorité dense et homogène grâce à laquelle chaque pupitre fait entendre nettement son discours. On retiendra la précision et le raffinement des cordes. Cette
clarté nous plonge dans une atmosphère quasi chambriste retrouvée
dans la Troisième Symphonie.

Les vents s'élèvent superbement grâce à la précision des articulations et
la pureté des violons dans une nuance pianissimo. "On a l'impression que tous les sons des premiers violons proviennent de l'instrument du violon solo" dira un jeune homme à l'entracte. Malgré un jeu quelque peu manié- ré, le concert master Gordon Nikolitch renforce l'unité de l'orchestre par
ses gestes précis et puissants. De surprise en surprise, le public attentif
et passionné est sensible à la force et à la richesse de ce chef-d'œuvre.
La Symphonie "Héroïque" constitue un pas de géant dans l'histoire musi-cale. Beethoven y met en scène son œuvre à travers les changements de métrique et le travail constant des thèmes. Dans la Marche Funèbre, on reste stupéfié par la qualité d'écoute entre les différents pupitres.

Avec Bernard Haitink, les conditions étaient réunies pour que la soirée fût grandiose. Charismatique, il tient parfaitement son orchestre en main. Sa direction rigoureuse et savamment dosée de la Troisième révèle le foison-nement d'idées de cette partition. Les musiciens ont vraiment su restituer l'expressivité de ces symphonies. On attend maintenant avec impatience
les prochains concerts du London Symphony Orchestra à Pleyel, dans
des programmes consacrés à Mozart, Debussy et Stravinsky, dirigés successivement par Sir Colin Davis et Valery Gergiev.

Laure Dautriche