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Jephtha : La résignation de Händel

Salle Pleyel, Paris
16 juin 2009

Jephtha est une partition hautement émouvante. À plus d'un titre.
Ultime oratorio composé par Händel (on se souvient que des soucis financiers l'avaient poussé à abandonner l'opéra en 1740), c'est aussi
l'une des dernières œuvres achevées du maître, avant que sa vue ne l'empêche tout à fait de travailler - la composition de Jephtha sera d'ail-
leurs interrompue en février 1751 en raison de l'affaiblissement de son œil gauche. Le dernier acte sera écrit par intermittence, Händel piochant pour l'occasion dans des œuvres plus anciennes quelques airs et passages instrumentaux.

Quand on sait cela, le chœur How dark, O Lord, are Thy decrees,
qui clôt l'Acte II, prend une toute autre dimension - on y voit le compositeur se résigner, accepter son sort. Geste ultime, composé avec ce décret du destin en suspens au-dessus de lui, ce 2ème acte compte d'ailleurs parmi les pages les plus belles et les plus touchantes de Händel. Défaites de toute prétention superflue, elles sont l'expression sans détour et sans fard d'une expérience personnelle douloureuse. Ce soir, en compagnie des Gabrieli Consorts and Players, cet épisode est l'occasion d'un petit moment de sublime, sublime bienvenu puisque suspendu entre
deux actes pour tout dire assez plats.

Si la direction de Paul McCreesh reste académique, elle laisse parler
la musique en toute majesté. Les formidables talents réunis face à lui contribuent évidemment à ce moment d'émotion. Les bois de l'orchestre, notamment, nous délectent de timbres exquis et colorés. Le Chœur Philharmonique de Wroclaw fait des merveilles dans les contrepoints et chorals - qui ne sont pas sans évoquer le style des plus belles Passions luthériennes.

Tous les solistes, enfin, sont remarquables :
Daniel Taylor
, contreténor à la voix lumineuse et équilibrée dans le rôle d'Hamor, Mhairi Lawson, soprano agile dans le rôle tragique d'Iphis (fille
de Jephtha promise au sacrifice par le serment de son père), Christianne Stotijn, Storgé aux colères saisissantes, et Christopher Purves, basse profonde et puissante dans le rôle du sage Zebul. Reste naturellement
le grand Mark Padmore qui, après une première partie en demie teinte, atteint des sommets pour chanter la douleur et le tourment du rôle titre.

Jérémie Szpirglas