janice baird © dieter
wuschanski
"salome", opéra de
richard strauss
(version de concert)
Salle Pleyel, Paris
29 mai 2007
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Quelques mois avant sa prochaine tournée allemande (mi-novembre),
qui promènera un programme d'origines croisées (les
germains Korngold, Beethoven, Mahler, et les français Ravel
et Dutilleux), l'Orchestre Philhar-monique de Strasbourg
exporte la Salome qu'il donnait in situ la semaine
dernière. Outre que Marc Albrecht s'offrit une distribution
de choix, le chef allemand, actuel directeur musical de la prestigieuse
formation [lire nos chroniques du 29 septembre
2005 et du 7 juin
2003], s'ingénie à faire entendre chaque détail
d'un matériau riche dont, la plupart du temps, l'on perd
de nombreux raffinements, dans l'enfouissement habituel.
Ce soir, la partition de Strauss se révèle
comme rarement, sans que ce soin nuise
à la conduite dramatique de l'exécution.
Car il s'agit bien d'un opéra, et Marc Albrecht ne l'oublie
pas une seconde. C'est au service d'à peine moins de deux
heures haletantes de théâtre qu'il met ici son art,
livrant une vision raisonnablement contrastée de Salome,
toujours à l'écoute des voix et, surtout, du texte.
En démiurge, il en façonne les climats, en dessine
les illustrations plus directes, menant la fameuse danse avec une
sensualité sauvage qui aime comme on se bat. Tout cela est
rendu possible grâce à la réponse précise
et volontaire d'instrumen-tistes qui ont aujourd'hui prouvé
à ceux qui en doutaient que leur orchestre n'a pas perdu
ses couleurs. De fait, l'absence de mise en scène n'est pas
un handicap, cette belle conduite du drame stimulant vigoureusement
l'imagination de chacun.
C'est avec plaisir que l'on retrouve sur ce plateau le couple mythique
formé par Chris Merritt (Herodes) et Anja Silja
(Herodias). Le ténor est particuliè- rement en forme
et cisèle délicieusement son texte, tandis que sa
parte-naire laisse exquisément échapper de somptueux
cris de harpie de la poitrine de la mère de l'héroïne.
Le prophète qui sourd de l'escalier latéral d'une
Salle Pleyel ingénieusement optimisée n'est autre
qu'Alan Titus, immense Jochanaan dont l'autorité s'impose
d'emblée. On remarque également les prestations du
mezzo-soprano Hanne Fischer, jeune page irréprochable,
et des deux soldats, Andreas Kohn et Andreras Hörl,
mais surtout le Narraboth élégamment phrasé
de Wookyung Kim ; clarté du timbre, évidence
de l'émission vocale, lumière de l'aigu et saine conduite
des attaques, autant de qualités qui invitent à placer
en ce jeune ténor coréen de vrais espoirs pour l'avenir.
Enfin, alors que le public attendait Nina Stemme, c'est Janice
Baird qui chante le rôle-titre. Si les premiers pas semblent
crispés, voire raides,
elle prendra assez rapidement ses marques, libérant bientôt
la plénitude qu'on lui connaît, toujours avec intelligence
et musicalité, incarnant une sensualité diablement
excitante, plus épicée que suave. La présence
crève l'écran, la concentration pointe le sens de
chaque phrase comme rarement, ravissant l'écoute par son
irrésistible expressivité.
Bertrand Bolognesi
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