© jaakko kilpiäinen
Steinbacher et von Dohnányi :
offertorium de Sofia Goubaïdoulina
Salle Pleyel, Paris
25 juin 2009
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Au commencement de l'Offertorium de Sofia Goubaïdoulina,
le thème
royal de l'Offrande musicale vagabonde parmi les cuivres.
Puis, à l'instar d'un raga courant après l'alap
au fil infiniment chantourné de la gamme, il effiloche son
chromatisme en longues variations tendues. Cela commence d'un trille
du violon, dont le velouté contraste avec les écroulements
orches-traux jusque dans l'ultra grave. Cloches et harpes tissent
un tapis lyrique sous l'intensité de jeu de la soliste, qui
dissèque le thème avec une implacable fluidité.
Le son de velours d'Arabella Steinbacher est plein, l'engagement
sans faille. L'orchestre, sur un très précis crescendo,
sombre en un mur-mure de foule vague, infiniment bruissante du chant
des mondes, grosse bête haletante, envolée lacustre,
paysagé comme les nuits chantées par le violon en
son registre aigu. Longs accords de cloches au-quel, avec des accents
de triangle, répond la soliste. Le son du tutti libère
la belle ampleur cuivrée d'une descente chromatique. Dans
le grave des pizzicati et la scansion tourbillonnante des
percussions, la violoniste suscite une brume liquide. Recitativo,
sur une gamme descendante au métallophone. Le son de l'Orchestre
de l'Opéra National de Paris se fait sec, tourbillonne,
toujours précis. L'aboiement des trompettes répond
à l'expression sauvage, ascétique et sensuelle tout
à la fois d'un violon fait Shiva dans la transe des mondes.
Assoiffé d'espace sonore, lyrique, rond
et plein, un son tzigane, puis tendre, explore les gammes.
Cloches, piano, tuba, l'orchestre renchérit, voluptueusement
sombre.
Chambriste sous la baguette de Christoph von Dohnányi,
il joue de longues mesures avec le concertino. Toujours fluide,
dénué de tout senti-mentalisme, mais non sans sentiment,
il laisse s'exprimer un lyrisme contenu, comme affairé, traversé
furtivement de descentes en pizzicati doublées de
notes piquées au piano. Obstinée, une phrase au violoncelle
annonce le retour du violon en gammes alternées, montantes
et descen-dantes, cellules tressées en marches d'harmonie.
Les pupitres se font mafflus, traversés d'accords secs et
impérieux. Après un accord coruscant, le jeu des gammes
ascendantes laisse place à un récitatif distordu de
glissandi avant que les accents d'oiseau d'une flûte
n'annoncent un nouvel écroulement. Alors, au moment où
la partition s'apaise, surgit une émotion portée par
un violon à fleur de notes, ancré dans l'épaisseur
vive d'une diction toute simple, dans l'infinie tendresse d'un dialogue
avec les vents, soutenu des pupitres de cordes en sourdine. Et sur
le pianissimo d'une moire divine, le violon s'évanouit
dans l'aigu, nous laissant retournés.
Un bis d'Arabella Steinbacher clôt la première
partie de concert d'une bouleversante page de Johann Sebastian
Bach, évidente de simplicité, de présence
et de justesse. On n'en dira pas plus.
Il était inévitable que la Symphonie en mi mineur
Op.64 n°5 de Piotr Ilitch Tchaïkovski paraisse
un peu fade après tant de merveilles. Le son très
en pâte qu'impose Christoph von Dohnányi à l'orchestre
installe un climat robustement romantique, beethovenien par instant.
Sa réserve reste très agréablement maîtrisée
- les mezzo forte sont notamment toujours éton-nants
de justesse. Le lyrisme est contenu, quand bien même la partition
rendrait inévitable l'écrasement de certaines parties
sous la vitalité des accords. Le cor mahlérien et
la très grande qualité du basson marquent l'Andante
cantabile, d'un lyrisme plus échevelé sur sa fin.
Et le basson encore, à l'Allegro moderato de la
Valse, impressionne de rondeur et de musicalité. L'Andante
Maestoso final conclut sur une cavalcade alerte et joufflue
un travail de très belle facture.
Marc Develey
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