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l'orchestre de paris invite
Christian Tetzlaff
Salle Pleyel, Paris
20 mars 2008
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Avec le Premier concerto pour violon de Chostakovitch et
la Neuvième symphonie de Dvorák, le programme
formait une unité : deux compositeurs engagés, deux
pièces éloignées de la forme traditionnelle
du concerto et de la symphonie. Le résultat est convaincant
grâce à des tempi bien choisis et une recherche de
contrastes sonores.
Un son pur et sans fioriture arrive aux oreilles en un instant
; c'est celui du violon de Christian Tetzlaff. Du début
à la fin, on ne manque pas une note des subtilités
instrumentales du Concerto n°1 Op.77 de Dimitri Chosta-
kovitch. Tetzlaff affirme un jeu tout en nuances. Il séduit
par le brillant des aigus et la puissance des graves, malgré
quelques erreurs de justesse.
Le soliste fait vivre la pièce, avec force et inventivité,
se joue de toutes les difficultés techniques et affirme son
don de la faire passer pour une oeuvre classique tellement il la
joue avec une facilité déconcertante. "Je
trouvais
ce concerto très moderne, difficile d'accès, et puis
finalement..." témoigne une dame.
Les quatre mouvements emmènent le public à travers
plusieurs climats. Dans le Nocturne initial, le violon s'élève
par un chant poignant sur un tapis de cordes. Le Scherzo qui suit
restitue la colère et le malaise de Chostako-vitch par rapport
à sa condition, dans l'URSS des années 1950. Dans
cette page virtuose aux rythmes haletants et aux accents décalés,
on entend cha-que note avec précision. La Passacaille
met en avant un retour aux grands principes et aux formes classiques.
A la fin de l'épisode, la longue cadence soliste est interprétée
de façon impeccable. Sous l'archet de Christian Tetzlaff,
les pianissimi précis et subtils sont comme du velours. La
quatriè- me partie, Burlesque, déjoue avec
humour les sections classiques et la tradition.
Dans l'interprétation de l'Orchestre de Paris, le public
cerne clairement
la façon dont Chostakovitch colore la mélodie, l'harmonie
et le rythme par l'emploi des différents instruments. Christoph
Eschenbach veille au dialo-gue subtil, tantôt entre les
cordes et les vents, tantôt entre les violons et les violoncelles,
et garantie l'homogénéité de l'orchestre. Les
idées sonores jaillissent de partout. Oïstrakh avait
demandé au compositeur un concerto pour son instrument :
Chostakovitch se met à l'ouvrage en 1947, en pleine période
de répression. C'est l'occasion pour le compositeur d'affirmer
son opposition au régime. Par sa construction, l'uvre
sort des cadres tradition-nels, démontrant que Chostakovitch
s'y soit incontestablement senti libre.
Ce souci de liberté transparaît dans la Symphonie
du Nouveau Monde d'Antonín Dvorák. Eschenbach
reprend ici sa place prépondérante et dirige l'uvre
par cur. Evidemment, les thèmes sont bien connus du
public. Choisissant des tempi adéquats tout en évitant
de tomber dans un excès
de lyrisme, le chef nous les fait redécouvrir. Tantôt
statique, tantôt investi par des gestes plus démonstratifs,
il emmène son orchestre dans l'Amérique des minorités,
vu par un Tchèque indigné. Dans le Largo, on
entend parfai-tement le dialogue équilibré entre les
vents et les cordes. Au travers des troisième et quatrième
mouvements, la progression musicale est bien menée et véhicule
de saisissants contrastes de nuances. Dans le Molto vivace,
on distingue clairement la superposition des diverses parties ins-trumentales.
Quand le thème initial réapparaît, il prend
un sens nouveau. Malgré sa pauvreté mélodique
parfois, cette page est tellement riche de sens qu'on peut presque
la lire comme un poème symphonique.
Laure Dautriche
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