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© olivier roller
Soirée kaija saariaho
Salle Pleyel, Paris
13 mars 2008
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Un concert monographique étant toujours un événement,
surtout s'il met en avant la musique la plus récente d'un
contemporain, cette soirée était très attendue.
Pour notre part, elle fut également décevante, bien
que débutant avec la création mondiale de Mirage,
dédiée aux fidèles complices Karita Mattila
et Anssi Karttunen. De la première, Kaija Saariaho
dit connaître chaque note, tandis qu'elle apprécie
la concentration scénique du second, tranchant avec l'air
calme et jovial qu'il affiche à la ville. Dans cette pièce
expressive, la voix et le violoncelle établissent un dialogue
autour d'un court texte incantatoire de Maria Sabina, chamane et
guérisseuse mazatèque. Dès le départ,
la chanteuse entre et nous invite dans la violence du propos ; la
phrase est intensément investie mais sans inscrire son interprétation
dans la transe. Cette approche est fort juste puisqu'il ne s'agit
ni d'un texte de guérison ni d'un texte de bataille tutélaire,
mais d'une affirmation de soi (récurrence des mots I am)
et de son rôle dans la communauté, soit un exercice
social de maîtrise de son propre excès. Saluons une
expressivité remarquable alliée à une extrême
précision de l'intonation sur les micro-intervalles, qui
rendent bien timorée l'exécution de l' Orchestre
de Paris.
Au final, dans sa robe jaune ornée de strass noirs, les bras
écartelés et
la tête renversée sur un aigu largement déployé,
la femme-étoile filante paraît s'envoler, en
effet ! Découverte avec des oreilles vierges, l'uvre
est reprise en fin de programme, sans vraiment retrouver l'émotion
première.
Orion a été créé en janvier
2003 et reste à ce jour la plus grande page orchestrale de
la Finlandaise. Ce fils mortel de Poséidon y est appréhendé
autant comme un chasseur plein de témérité
que comme la constellation éthérée et immobile
qu'il devient en mourant. Memento mori propose un envahissement
progressif de l'espace sonore, semé d'ostinati imprévisi-bles
jusqu'à l'arrivée de l'orgue. Les coquillages agités
par le percussion-niste évoquent dès lors une danse
macabre plus que l'origine marine du héros antique. Dommage
qu'on perde ici les équilibres pupitraux et que Christoph
Eschenbach délaisse le détail au profit d'une
vague impression panoramique. Winter Sky favorise une ambiance
de couleurs extrêmement calmes. Diaphane, la flûte y
est soutenue par la harpe, rejointe bientôt par un violon
des plus tendres. A la fin, une tournerie cristalline s'endort lente-ment.
Pour Hunter, l'énergie est de retour - et Saariaho
confie son plaisir d'être débarrassée, au sortir
de son premier opéra, du souci de voix à ne pas couvrir.
Malheureusement, soulignant l'uvre à gros coups de
pin-ceaux brumeux, l'exécution qu'on attendait ciselée
avec incandescence
en appauvrit la possible perception.
Respectant une alternance lent/vif assez classique, les cinq mouvements
qui composent Notes on the Light (dédié à
Karttunen) ont été créés à l'oc-casion
du cent vingt-cinqième anniversaire de l'Orchestre Symphonique
de Boston, l'an passé. "Pour cette pièce,
explique Saariaho, j'avais en tête l'idée d'un orchestre
qui entourerait le violoncelle, la source de la lumière,
comme un voile, comme une ombre. J'avais une idée très
claire de la sonorité que je voulais atteindre, ce qui m'a
conduit à éliminer tous les cuivres hormis les cors
; je recherchais une sonorité transparente" - on
trouve déjà ce genre de références visuelles
dans Yellows, Lichtbogen
ou Nymphea. Nous sommes malheureusement loin de la sensualité
des uvres conçues dans les années quatre-vingt
; l'on peine à s'intéresser
à cet opus d'une vingtaine de minutes. Puisque la créatrice
a une prédi-
lection pour la musique de chambre, peut-être qu'une trop
vaste formation lui offre une liberté trompeuse, à
l'image d'un poète se fourvoyant à écrire
un roman ?
Laurent Bergnach
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