l'orchestre de paris fête ses quarante ans

Salle Pleyel, Paris
20 décembre 2007

C'est en mars 1828 que sonnait le tout premier concert de l'Orchestre de
la Société des concerts du Conservatoire. Convoquant deux cantatrices,
un violoniste et un grand chœur, l'Ardennais François-Antoine Habeneck (qui, auparavant, avait assumé la direction de l'Opéra de la rue Le Peletier)
y dirigeait quelques airs de Gioacchino Rossini, une ouverture et deux
extraits d'une messe de Luigi Cherubini, un concerto du virtuose bordelais Pierre Rode et la Troisième de Ludwig van Beethoven. En poste jusqu'à
son dernier jour (8 février 1849), Habeneck conduirait la formation durant vingt ans, faisant d'elle le principal instrument de la vie musicale française. Jusqu'en 1960 lui succèderont onze chefs, parmi lesquels les violonistes Narcisse Girard, Edouard Deldevez et Jules Garcin, le flûtiste Paul Taffanel, le compositeur André Messager et, plus près de nous, le Strasbourgeois Charles Munch et le Belge André Cluytens. D'octobre 1960 à mars 1967, aucun chef permanent ne sera nommé. Les programmes seront conduits par de grandes baguettes, tels Pierre Boulez, André Cluytens, Antal Dorati, Michael Gielen, Ettore Gracis, Hiroyuki Iwaki, Eugen Jochum, István Kertész, Kirill Kondrachine, Jean Martinon, Lovro von Matatic, Paul Paray, Carl Schuricht, etc.

En 1967, au terme d'un projet de rénovation de la vie musicale française mené par Marcel Landowski et décidé par André Malraux, l'Orchestre de
la Société des concerts du Conservatoire devient l'Orchestre de Paris. À soixante-seize ans, Charles Munch dirige le premier concert de la nouvelle formation, ayant accepté d'en devenir le chef permanent ; l'on y joue Debus-sy, Berlioz et Stravinsky. Lors de la première tournée étatsunienne de l'orchestre, Munch s'éteint, le 6 novembre 1968, à Richmond ; Serge Baudo, Jean Martinon et Jean-Pierre Jacquillat assumeront les concerts suivants. Invitant les plus grands à son pupitre, ce n'est qu'en 1972 que la phalange retrouve un directeur musical : György Solti, dont la collaboration avait été amorcée par une mémorable Neuvième de Mahler (janvier 1971). Après
la monumentale Huitième (Mahler, encore) au Palais des Congrès (juin 1975), Solti cède la place à Daniel Barenboïm qui l'occupera jusqu'en 1989. Lui succèderont Semyon Bychkov (1989/1998) et Christoph von Dohnányi (1998/2000), avant l'arrivée de Christoph Eschenbach - qui, dès 1970, au piano, avait interprété avec l'Orchestre de Paris le Cinquième de Beethoven sous la direction de Kirill Kondrachine et le Dix-neuvième de Mozart sous celle de Herbert von Karajan. Installé à Pleyel depuis 1981, l'orchestre s'en absente en 2002 et présente ces saisons au Théâtre Mogador, retrouvant en septembre 2006 la salle de la rue du faubourg Saint Honoré dont elle fête la rénovation par une symbolique Résurrection (Mahler, toujours).

Tout au long d'une soirée à l'humeur bon enfant, les musiciens, les choristes et le public célèbrent ensemble les quarante ans de l'Orchestre
de Paris (et les cent-soixante dix-neuf printemps de son ancêtre), au fil
d'un programme décliné en quatre temps - Les années soixante-dix,
Les années quatre-vingt
, Les années quatre-vingt dix et Les années deux mille - que ponctue la projection d'actualités à l'ancienne permettant de suivre son histoire. Introduit par les premières mesures d'Also sprach Zarathustra (Strauss), le menu alterne Debussy, Ravel, Bruckner, Haydn, Stravinsky, Tchaïkovski, Berlioz, Strauss et Bizet à plusieurs versions de Joyeux anniversaire… sans oublier une Intégrale des neuf symphonies de Beethoven ("en neuf minutes", nous dit-on !) concoctée par le bassoniste maison Lionel Bord. S'il paraît judicieux de n'avoir pas invité de vedettes à cette fête, l'on regrettera toutefois que l'on n'ait pas imaginé d'y jouer une page de la musique de notre temps, partant que ces quatre décennies d'activité peuvent s'enorgueillir de quelques cinquante-six créations où se distinguent des pages signées Gilbert Amy, Luciano Berio, Pierre Boulez, George Crumb, Henri Dutilleux, André Jolivet, Jacques Lenot, Michaël Levinas, Olivier Messiaen, Marco Stroppa et Toru Takemitsu.

Bertrand Bolognesi