le chœur de l'orchestre de paris
souffle trente bougies

Salle Pleyel, Paris
19 juin 2007

Créé par Daniel Barenboïm et Arthur Oldham qui le dirigera de longues années durant, le Chœur de l'Orchestre de Paris célèbre son trentième anniversaire. Pour ce faire, il s'associe les forces de deux autres formations importantes de l'activité chorale parisienne, rendant ainsi compte de deux aspects de son parcours - d'une part l'intervention de choristes profession-nels pour solidifier une pratique amateur, mais aussi la génération d'un enthousiasme à réinventer une tradition que notre pays a perdue. Par ail-leurs, il paraîtra naturel que cette fête se fasse lieu de communion entre
des ensembles plus d'une fois intimement liés, pour diverses raisons.

C'est la Maîtrise de Paris qui ouvre le concert par deux extraits de la
Messe à trois voix d'André Caplet (1920), donnés dans une approche équilibré dont Patrick Marco mène judicieusement la nuance. Après un Kyrie d'une franche vaillance n'excluant pas la délicatesse, O Salutatis se fera plus subtil encore. Si les Petites voix (1936) de Francis Poulenc offrent une aimable récréation, les Quatre chœurs pour enfants de Maurice Ohana (1987) révèlent les grandes qualités artistiques de la formation. Voilà de jeunes gosiers qui se jouent de l'harmonie complexe de Neige sur les orangers, qui insufflent une énergie irrésistible à Mayombé et un relief remarquable à Carillon, et réservent aux redoutables Nuées une
précision rare.

Laurence Equilbey gagne la scène où le Jeune Chœur de Paris a pris
place pour les Deux madrigaux anciens (1907) de Reynaldo Hahn. Suivront quatre extraits des Sept chansons (1936) de Poulenc, l'excellent travail de couleur distinguant l'exécution de Belle et ressemblante tandis que le con-traste littéralement sculpté de Luire frappe l'écoute. Créé il y a une quinzaine par les mêmes voix, placées sous la direction de Geoffroy Jourdain, lors de la 3ème Biennale d'Art Vocal [lire notre chronique du 1er juin], Les mots de Marco-Antonio Pérez-Ramirez bénéficient ce soir d'un abord plus ferme-ment engagé qu'alors, affirmant le vif argent expressif de je vis, je meurs tout en dessinant le raffinement des relais pupitraux ; on regrette juste que l'on ait écarté le 18ème sonnet, le plus directement amoureux. Certes, les vers d'Hugo, achevant cet épisode par L'obscurité d'Hahn, invitent à une résigna-tion autrement rassurante.

L'heureux trentenaire envahit finalement le plateau et les gradins qui le surplombent pour l'ultime tiers de ce menu français. Après avoir surmonté les difficultés d'une transcription (parfois embrouillée) réalisée par Vincent Manac'h de la Ballade de la reine morte d'aimer (1893) de Maurice Ravel, Geoffroy Jourdain livre le gouvernail à son associé Didier Bouture qui conduit une interprétation fort joliment construite de D'un cœur qui t'aime (1851) de Charles Gounod. Nous entendons ensuite la création de Dancing in the wind, réponse d'Edith Canat de Chizy à la commande d'anniversaire du Chœur de l'Orchestre de Paris, une partition qui semble n'avoir pas su bien écouter les vers de Yeats qu'elle dissout dans un figuralisme assez limité. Retour au romantisme avec la fort belle adaptation signée Clytus Gottwald de Sur la lagune (1841) d'Hector Berlioz (Nuits d'étés), le frais symbolisme du Jardin féérique (1910) de Ravel, transcrit par Thierry Machuel, concluant idéalement la soirée. Au final, les trois ensembles
se réunissent pour reprendre la page de Gounod, comme en guise de bis… mais un peu plus, puisque de la tribune, les chanteurs de la Maîtrise et du Jeune Chœur entonnent un Joyeux Anniversaire que la salle double avec joie !

Bertrand Bolognesi