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l'Orchestre National de Lille
invite trio et soprano

Nouveau Siècle, Lille
19 octobre 2007

L' Orchestre National de Lille rencontrait encore un beau succès populaire ce soir au Nouveau Siècle, dans un programme qui devait être repris trois fois par la suite, à Santes, à Lille, puis à la Salle Pleyel. Pour le Triple Con-certo pour violon, violoncelle et piano de Beethoven, trois solistes français sont invités, Claire Marie Le Guay au piano, Olivier Charlier au violon, et
Marc Coppey au violoncelle. Le trio est enthousiaste et équilibré, ses
membres regardant dans une même direction, cherchant à concerter plu-
tôt qu'à tirer la couverture à soi. Ils attaquent l'œuvre franchement, avec une énergie qui dans le chef du violoniste se traduit par une légère crispation,
et par quelques accents rauques. Les deux autres membres sont par
contre impeccables : la pianiste s'avère élégante et impliquée, et surtout
le violoncelliste, très inspiré, qui profite de chacune des nombreuses oc-
casions laissées pour exprimer un lyrisme chaleureux et ardent. Parfois massif lorsqu'il dirige Beethoven, Jean-Claude Casadesus est, dans ce concerto, particulièrement en forme, alerte et attentif. Il offre un accompa-gnement gourmand, précis et enthousiaste, soignant les phrasés tout en équilibrant le jeu des pupitres. Cela ne fait pas de ce triple concerto une œuvre impérissable, mais au moins, cela fait de son écoute un très agréable moment.

La seconde partie du concert marque le début du cycle mahlérien de
cette année orchestrale, qui comprendra les symphonies n°4, 1 et 5, ainsi que Le Chant de la Terre, donné au Festival de Saint Denis à la fin de la sai-
son. Les symphonies de Mahler sont un terrain bien connu de la formation lilloise et de son directeur musical, qui en ont d'ailleurs enregistré plusieurs durant les années 1980. Pour cette Quatrième, ils font à nouveau la preuve de leur connaissance complète de cette musique, en proposant une lecture très idiomatique, à la mise en place exemplaire. L'orchestre joue cette mu-sique de manière assurée : les phrasés sont naturels et souples, les so-
listes sont bien préparés (violon, flûtes, hautbois, bassons se couvrant de gloire, plus qu'un cor solo parfois chancelant), et la sonorité de l'ensemble, brillante et chaleureuse, mais aussi grinçante et sarcastique quand c'est nécessaire, se révèle tout à fait adaptée.

Casadesus dirige avec implication, mais sans se presser, en adoptant
des tempi larges et posés, et usant sans complexe du rubato. Le premier mouvement est tendre, féerique et très détendu, alors que le Scherzo est
un peu trop lisse et alangui. En revanche, le Ruhevoll demeure le grand moment de cette interprétation, très large mais pas trop appuyé, l'orches-
tre y faisant montre d'un engagement total, et le chef allégeant les textures avec autant de grâce que de raffinement. C'est le jeune soprano belge
Ilse Eerens
qui interprète le lied final Das Himmlische Leben. Son chant
est puissant et joliment coloré, son expression espiègle, mais ses aigus, parfois forcés, sont moins célestes que ceux espérés, ce qui n'amoindrit pas l'ovation que le nombreux public lui réserve aux saluts, ainsi qu'à
ses camarades.

Richard Letawe